"Dans une tribune au « Monde », la professeure de science politique Laure
Neumayer interroge les moyens dont disposent les institutions
européennes pour accompagner le processus de redémocratisation du pays
annoncé par l’arrivée du nouveau premier ministre, Péter Magyar, après
avoir été « incapables de stopper l’autocratisation » des années Orban.
Les chantiers qui s’ouvrent devant Péter Magyar sont immenses. Ce conservateur pro-européen a été élu sur une double promesse : restaurer l’Etat de droit et relancer une économie gangrenée par la corruption et l’inflation. L’apaisement des relations avec les institutions européennes étant étroitement lié à ce double objectif, celles-ci doivent agir avec détermination pour soutenir les nouvelles autorités hongroises.
Le démantèlement de la démocratie libérale a été plus rapide et plus profond en Hongrie que dans tout autre Etat membre de l’Union européenne (UE). Depuis 2010, une habile instrumentalisation du droit a permis au parti de Viktor Orban de neutraliser les contre-pouvoirs et de restreindre les droits et libertés individuels. Le Fidesz a mis en place des verrous institutionnels et politiques lui garantissant des positions de force dans différents secteurs de l’Etat, même en cas de défaite électorale.
Au nom de la lutte contre les ingérences étrangères et de la défense des
valeurs conservatrices, les espaces sociaux, où étaient susceptibles de
naître des oppositions, tels que les associations, les universités ou
les médias, ont été muselés par une réglementation liberticide. Sous
couvert de conception « illibérale » de la démocratie, une
véritable autocratie électorale a vu le jour, marquée par des pratiques
de pouvoir restreignant le pluralisme sans l’éliminer, associées à un
cadre institutionnel formellement démocratique mais dans lequel la
compétition politique était structurellement faussée et les scrutins
n’étaient plus équitables.
Ces violations systématiques des principes démocratiques sont intervenues dans un dialogue ininterrompu avec l’UE, qui a joué un rôle ambigu dans cette dérive autoritaire. L’appartenance de la Hongrie à cette organisation a empêché la constitution d’un régime autoritaire fermé excluant toute possibilité d’alternance dans les urnes. De surcroît, les institutions européennes ont mobilisé plusieurs outils de sauvegarde de l’Etat de droit. Depuis 2018, le Parlement européen a incité sans relâche la Commission européenne et le Conseil de l’UE à sanctionner la Hongrie au titre de l’article 7 du traité sur l’Union européenne, qui peut conduire à la suspension des droits de vote d’un Etat membre. En 2022, la Commission a suspendu le versement de 13 milliards d’euros de financements du plan de relance post-Covid destiné à ce pays, en vertu d’un nouveau mécanisme de conditionnalité financière permettant de sanctionner les gouvernements qui enfreignent les..." La suite sur lemonde.fr (article payant)