jeudi 11 mai 2023

Joëlle Dufeuilly, « un traducteur est aussi un ambassadeur de l’œuvre »: László Krasznahorkai (Le Baron Wenckheim est de retour)


"A l’occasion de la sortie aux éditions Cambourakis du Baron Wenckheim est de retour, nous avons souhaité donner à entendre celle qui est la voix française de László Krasznahorkai depuis ses premiers livres, Joëlle Dufeuilly. L’auteur hongrois est l’un de ceux dont on guette avec attention les prochaines parutions, qui s’annoncent toujours comme des événements singuliers. Rencontre avec Joëlle Dufeuilly, pour tenter de défricher les herbes hautes qui mènent jusqu’au cœur du Baron.

Nous pourrions commencer cet entretien en retraçant votre parcours. Comment en êtes-vous venue à la traduction, et plus particulièrement de la langue hongroise ? Était-ce, à l’époque, l’un des parents pauvres de la traduction et la situation a-t-elle évoluée depuis ?

J’ai décidé, à la fin des années 90, d’apprendre le hongrois. Pourquoi le hongrois ? Je ne le sais pas vraiment. J’étais attirée par l’Europe centrale, qui venait d’ouvrir ses frontières, et les quelques personnalités hongroises que je connaissais (Béla Bartok, Joseph Nadj, Jancsó…) me semblaient à la fois mystérieuses et très intéressantes. La langue hongroise, réputée très difficile, m’a tout de suite beaucoup plu, mais j’étais loin de me douter que je deviendrais traductrice, qui plus est, la traductrice d’un des plus grands écrivains contemporains.

Pendant mes études, j’ai obtenu une bourse, et j’ai passé près d’un an à Budapest. C’est là que j’ai découvert la richesse de la littérature hongroise, qui, effectivement, était à l’époque encore peu connue et peu traduite. Pendant l’été, je me suis retrouvée dans un » camp de traducteurs ». J’ai passé un séjour dans une petite station de vacances à la montagne, délicieusement désuète, aux frais du milliardaire américain Soros (d’origine hongroise), où des traducteurs venus du monde entier étaient réunis pour échanger sur leurs expériences, écouter des conférences sur la littérature, et rencontrer des auteurs hongrois contemporains. C’est là que j’ai réalisé mes premières traductions (de courts textes, publiés dans une anthologie multilingue). De retour à Paris, j’ai travaillé au Centre d’Études Hongroises à l’élaboration d’un dictionnaire hongrois-français. Thomas Szende, qui dirigeait l’équipe, a persuadé un éditeur français (In Fine) de publier une anthologie d’écrivains hongrois contemporains. C’est dans ce cadre que j’ai découvert, rencontré, et traduit László Krasznahorkai. Il s’agissait d’un discours, qui a ensuite été republié avec deux autres discours dans Thésée Universel (Ed. Vagabonde). C’est, je crois, cette traduction, et cette rencontre avec cet écrivain, qui m’ont décidée à faire de la traduction mon métier, si l’on peut parler de métier." La suite sur diacritik.com

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.