samedi 30 décembre 2006

Hetedik ecloga (Septième églogue) - Radnóti Miklós

Látod-e, esteledik s a szögesdróttal beszegett, vad
tölgykerités, barakk oly lebegő, felszívja az este.
Rabságunk keretét elereszti a lassu tekintet
és csak az ész, csak az ész, az tudja, a drót feszülését.
Látod-e drága, a képzelet itt, az is így szabadul csak,
megtöretett testünket az álom, a szép szabadító
oldja fel és a fogolytábor hazaindul ilyenkor.
Rongyosan és kopaszon, horkolva repülnek a foglyok,
Szerbia vak tetejéről búvó otthoni tájra.
Búvó otthoni táj! Ó, megvan-e még az az otthon?
Bomba sem érte talán? s van, mint amikor bevonultunk?
És aki jobbra nyöszörg, aki balra hever, hazatér-e?
Mondd, van-e ott haza még, ahol értik e hexametert is?

Ékezetek nélkül, csak sort sor alá tapogatva,
úgy irom itt a homályban a verset, mint ahogy élek,
vaksin, hernyóként araszolgatván a papíron;
zseblámpát, könyvet, mindent elvettek a Lager
őrei s posta se jön, köd száll le csupán barakunkra.
Rémhirek és férgek közt él itt francia, lengyel,
hangos olasz, szakadár szerb, méla zsidó a hegyekben,
szétdarabolt lázas test s mégis egy életet él itt, -
jóhírt vár, szép asszonyi szót, szabad emberi sorsot,
s várja a véget, a sűrü homályba bukót, a csodákat.

Fekszem a deszkán, férgek közt fogoly állat, a bolhák
ostroma meg-megujúl, de a légysereg elnyugodott már.
Este van, egy nappal rövidebb, lásd, ujra a fogság
és egy nappal az élet is. Alszik a tábor. A tájra
rásüt a hold s fényében a drótok ujra feszülnek,
s látni az ablakon át, hogy a fegyveres őrszemek árnya
lépdel a falra vetődve az éjszaka hangjai közben.

Alszik a tábor, látod-e drága, suhognak az álmok,
horkan a felriadó, megfordul a szűk helyen és már
ujra elalszik s fénylik az arca. Csak én ülök ébren,
féligszítt cigarettát érzek a számban a csókod
íze helyett és nem jön az álom, az enyhetadó, mert
nem tudok én meghalni se, élni se nélküled immár.

Lager Heidenau, Žagubica fölött a hegyekben,
1944. július

Vois-tu, le soir tombe, et les baraquements, le barbare enclos
de chêne ourlé de barbelés, à force de flotter se résorbent dans le soir.
Notre captivité - lentement le regard se détache de son cadre -
et la tension des barbelés, la raison seule, la raison seule encore en garde connaissance.
Vois-tu, mon amour, même le rêve ici ce n'est qu'ainsi qu'il se libère;
nos corps brisés c'est le sommeil, merveilleux sauveur, qui les délivre,
et c'est l'heure où le camp prend le chemin du retour.

En haillons, le crâne rasé, les prisonniers, ronflant, s'envolent
des cimes aveugles de Serbie vers un pays natal à leurs regards caché.
Ce pays qui se cache ! Oh, la maison existe-t-elle encore ?
Les bombes ne l'ont pas touchée ? Elle est là comme avant notre départ ?
Et celui-ci qui gît à gauche, à droite celui-là qui geint, rentreront-ils chez eux jamais ?
Dis-moi, y a-t-il encore un chez nous là-bas, où l'on comprenne cette églogue ?

Sans les accents, griffonnant simplement vers après vers à l'aveuglette,
j'écris ce poème dans le noir, à l'image de ma vie,
tâtonnant, arpentant le papier comme une chenille processionnaire.
Lampes de poche, livres, carnets, les gardiens du Lager ont tout pris,
et pas de courrier non plus - sur nos baraquements ne descend que le brouillard.

Parmi la vermine et les bruits alarmistes, ici vivent Français, Polonais,
Italiens volubiles, Serbes dissidents, Juifs rêveurs dans la montagne,
corps fiévreux, démembré, et qui vit cependant d'une vie unanime
dans l'attente de bonnes nouvelles, de douces paroles de femme, d'un sort humain et libre,
et l'on attend la fin, la culbute dans les ténèbres, le miracle.

Je gis sur le grabat, animal captif au milieu de la vermine,
les vagues d'assaut des puces nous harcèlent mais l'armée des mouches déjà s'est apaisée.
C'est le soir ; de nouveau, tu vois, la captivité s'est raccourcie d'un jour,
d'un jour aussi la vie. Le camp est endormi. La lune
éclaire le paysage : de nouveau les barbelés se tendent dans sa lumière,
et l'on voit par la fenêtre l'ombre armée des sentinelles
qui marchent, projetées sur le mur, au milieu des voix de la nuit.

Le camp est endormi - le vois-tu, mon amour ? - l'air est froissé de rêves ;
un qui ronfle là-bas sursaute et puis se tourne sur la planche étroite et déjà
se rendort, et son visage rayonne. Assis là je suis seul éveillé ;
je sens la cigarette à demi fumée dans ma bouche au lieu du goût de tes baisers,
et point ne vient le sommeil qui soulage,
car je ne sais plus ni mourir, ni vivre sans toi désormais.

Lager Heidenau,
dans la montagne au dessus
de Zagubica,
juillet 1944

Extrait de Miklós Radnóti - Marche forcée Oeuvres, 1930-1944 Editions Phébus
Traduit du hongrois par Jean-Luc Moreau

En lisant ce magnifique poème de Radnóti qui toujours m'émeut si profondément, je pense à ceux, Hongrois qui m'étaient si proches, partis au travail obligatoire dans les camps et qui ont vécu cette barbarie ou qui en ont péri comme le poète.

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