samedi 26 septembre 2015

Réponse au Huffington Post

Communiqué de l'Ambassade de Hongrie en France

Le Huffington Post a publié le 23 septembre dernier une tribune signée d’Alexandre Bourdet intitulée « Réfugiés en Hongrie : les cinq décisions qui placent Viktor Orbán en marge de ses collègues européens ». Je souhaiterais apporter à cette intéressante étude quelques précisions qui, je l’espère, permettront aux lecteurs de compléter utilement leur information. Reprenons les cinq points.
1. Des frontières barricadées avec murs et barbelés
La Hongrie a effectivement mis en place une barrière de barbelés destinée à sécuriser sa frontière avec la Serbie. Ce faisant, elle ne fait qu’appliquer les dispositions de la Convention de Schengen qui impose à tout pays possédant une frontière extérieure de la défendre. C’est l’indispensable corollaire de l’ouverture totale des frontières intérieures. Si « plusieurs chancelleries ont fait part de leur désapprobation », il faut qu’elles s’en prennent non pas à la Hongrie, mais à la Convention de Schengen. Ces mêmes chancelleries sont d’ailleurs les premières à réclamer et à exiger la sécurisation des frontières extérieures de l’Union. C’est ce que fait la Hongrie, pour compte commun. La France ne fait pas autre chose à Calais, l’Espagne ne fait pas autre chose à Ceuta et à Melilla, d’une manière encore bien plus sophistiquée que la barrière hongroise. C’est pourquoi la déclaration de Laurent Fabius selon laquelle « ce faisant, la Hongrie ne respecte pas les valeurs de l’Europe » est incompréhensible sur le fond et nettement déplacée sur la forme (allusion aux « animaux »). S’il y a contradiction entre les valeurs de l’Europe et les conventions de l’Europe, il y a clairement un grave problème de cohérence européenne.
2. Des camps de réfugiés aux conditions de vie « inhumaines »
L’intention de fermer les camps permanents ouverts depuis plusieurs années en zone urbaine répond à un souci d’adaptation aux conditions nouvelles et absolument imprévues imposées par la situation actuelle. Ces centres d’hébergement, construits en dur à une époque où le nombre des migrants était négligeable par rapport aux flux actuels, sont incapables de répondre aux besoins du moment. Ils seront remplacés par d’autres structures, hors milieu urbain, à la fois plus souples et permettant de recevoir un nombre plus grand de personnes déplacées.
Quant à l’histoire de la vidéo clandestine, il serait correct de remettre les faits à leur place : d’abord, cette scène n’a pas été tournée dans un centre d’hébergement stable, mais dans une structure de premier accueil installée le long de la frontière et où sont conduits les migrants à peine arrivés pour y être enregistrés. Ensuite, la scène en question – dont nul ne conteste l’authenticité même si elle a été filmée clandestinement – s’est produite au moment où un groupe de migrants exténués et affamés venait de passer la frontière. Les policiers hongrois se sont présentés avec des caisses remplies de sachets de sandwiches et de quarts d’eau minérale. Comme c’est toujours le cas dans les situations pareilles, les migrants se sont précipités pour être servis, formant un attroupement où ceux qui se trouvaient au premier rang empêchaient ceux qui étaient restés derrière de recevoir leur part. C’est à ce moment que les policiers – bien qu’ils n’aient pas tous reçu une formation de bénévole – ont pris l’excellente initiative de « lancer » les sachets et les bouteilles par-dessus la tête de ceux qui s’incrustaient au premier rang, pour que tout le monde puisse être servi. Ce scénario peut être parfaitement suivi en visionnant la vidéo. Ces scènes effectivement difficiles à regarder sont hélas familières à tous ceux qui ont, à un titre ou à un autre, travaillé dans une institution caritative. Il est lamentable de voir que « plusieurs organisations humanitaires » les aient « dénoncées », on se demande quelle expérience ces organisations peuvent bien avoir du travail humanitaire d’urgence.
3. « L’entourloupe » des trains à destination de l’Autriche
Ici encore, la conclusion du Huffington Post est l’exact contraire de ce qui s’est effectivement passé. Reprenons la chronologie des faits.
- Dans un premier temps, le gouvernement hongrois bloque en effet aux migrants l’accès aux trains à destination de l’Autriche à partir de la Gare de l’Est (Keleti) de Budapest, pour la bonne raison qu’il n’existait aucune garantie que, tous en situation irrégulière, ils soient autorisés par les autorités autrichiennes à pénétrer en Autriche ;
- Dans un second temps, ce blocage est levé afin de rétablir la nécessaire fluidité du trafic ferroviaire, dans l’espoir que les migrants, conscients du fait qu’ils ne pourront pas passer la frontière, ne se précipiteront pas inconsidérément dans les trains ;
- Cet espoir est aussitôt déçu, car les migrants rassemblés aux alentours de la gare montent sans discernement dans tous les trains en direction de l’ouest, y compris ceux des lignes intérieures, « pourvu qu’ils prennent la direction de l’ouest ». L’épisode relaté par le Huffington Post a eu lieu dans un de ces trains, dont le terminus était Sopron en Hongrie ;
- Une fois ce train parti en direction de Sopron avec à son bord des centaines de migrants, le gouvernement hongrois a décidé de l’arrêter en cours de route, à Bicske, où se trouve précisément un centre d’accueil officiel des réfugiés, fournissant gîte, couvert et assistance médicale. Les migrants ont été invités à sortir du train et à rejoindre ce centre. Ils ont refusé, voulant à tout prix « aller en Autriche », et ont « occupé » pendant plusieurs jours la gare de Bicske. Ce n’est que bien plus tard, après que le gouvernement hongrois a dû demander avec insistance aux autorités autrichiennes, qui n’y manifestaient pas un empressement débordant, de bien vouloir ouvrir leur frontière, que ces migrants ont pu poursuivre leur route.
Ce simple rappel des faits tels qu’ils se sont produits montre bien que l’on est loin d’une « entourloupe du gouvernement, de la police et de la compagnie ferroviaire », et il est regrettable que le Huffington Post prenne pour argent comptant les « suppositions » d’un bénévole dont le travail mérite certainement tout notre respect mais qui n’a manifestement rien compris à la situation.
4. Les pleins pouvoirs à l’armée
Il est exact que l’armée a été déployée pour prêter main-forte aux services de police dans la sécurisation de la frontière. Le terme « pleins pouvoirs » est toutefois exagéré et dramatise inutilement. Ce genre de mesure n’est pas inhabituel, l’armée est souvent déployée pour aider à la gestion de situations d’exception (inondations ou autres) et d’ailleurs d’autres pays, tels que l’Autriche, ont fait de même à leur propre frontière. Ce déploiement se fait dans le strict respect de la loi et des conventions internationales. Le Huffington Post prend d’ailleurs fort justement le soin de préciser qu’il ne saurait être fait usage d’armes à feu. L’ONG Comité d’Helsinki est évidemment dans son rôle en déplorant les mesures d’exception qui ont été décidées – face, il faut le reconnaître, à une situation elle-même exceptionnelle – mais il est important de souligner que la Hongrie ne considère pas les réfugiés comme des ennemis, elle souhaite simplement qu’ils aient l’obligeance de se soumettre de bonne grâce – c’est bien le moins qu’on peut leur demander – aux formalités d’accueil du pays dans lequel ils pénètrent, formalités imposées par les conventions européennes et qu’ils n’hésitent pas à contester de plus en plus violemment depuis qu’ils estiment – à tort ou à raison – qu’ils seront tous accueillis à bras ouverts en Allemagne où le lait et le miel couleront à flots pour eux.
5. Le refus des quotas
Pour qu’il y ait « marginalisation », il faut qu’il y ait un texte principal. Et si certains estiment que ce texte principal n’est pas bon, ils doivent avoir le droit de le dire. Sur un sujet aussi grave que celui-là, l’expression de la diversité européenne est inévitable, et même salutaire. Dire, comme Federica Mogherini et bien d’autres, que « ces divisions sapent la crédibilité de l’Union européenne » témoigne d’une regrettable méconnaissance des conditions de « l’Europe forte » que tout le monde appelle de ses vœux. L’Europe sera forte quand elle aura le courage, face au monde, d’assumer sa diversité – comment pourrait-il en être autrement dans une Union rassemblant 28 pays au vécu tellement différent ? –, au lieu de se réfugier, tel un village Potemkine, derrière une unanimité de façade qui, de toute façon, ne tromperait personne et que personne ne peut exiger de nous.
La position hongroise face aux quotas est empreinte de logique et de bon sens. L’avenir proche nous dira qui aura eu raison et qui aura été marginalisé. Nous avons exposé notre point de vue, nous avons été mis en minorité lors du vote, nous acceptons la décision de la majorité et nous nous y conformerons. Ce faisant, nous estimons respecter les règles de la démocratie qui sont une incontestable valeur européenne.
Georges Károlyi
Ambassadeur de Hongrie

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