lundi 7 septembre 2015

Mal du pays, mal au pays... par Flora

La vieille maison garde la fraîcheur, tient tête à la canicule brûlante et lourde. Parfois, nous nous aventurons à l'extérieur pour une balade à vélo ou plus loin en voiture, une après-midi à la piscine ou des retrouvailles familiales, avec leurs goûts d'antan. Des pastèques démesurées craquent sous le couteau et fondent dans la bouche avec la fraîcheur délicieuse des souvenirs d'enfance... Des gâteaux faits maison s'engloutissent et nous plongent dans une torpeur non moins délectable...
On est à cheval sur juillet-août. Je déguste mes vacances paisibles en Hongrie.
Depuis mon retour en France, des images oppressantes bousculent cette quiétude ambiante. La Toile bruit de nouvelles alarmantes, le flot ininterrompu de “migrants”, leur détresse désemparée, les commentaires haineux ou compatissants - selon la position du commentateur dans le paysage politique - et la léthargie méfiante de la majorité des habitants créent un véritable choc. Le pouvoir, depuis des mois, “préchauffe” l'opinion publique avec des campagnes d'affichage contre toute sorte de risques: l'envahisseur qui menace le gagne-pain des Hongrois, des terroristes dissimulés parmi les réfugiés avec l’intention de faire exploser des bombes en Hongrie, des épidémies qui risquent de se répandre, des femmes de se faire violer et la racine chrétienne de se faire arracher au profit de l'islam... Le spectre de l'occupation ottomane d'il y a trois à quatre siècles se profile à l'horizon... 
En même temps, on passe sous silence quelques “souvenirs” de l'histoire plus ou moins proche du pays: l'exode de centaines de milliers de Hongrois jetés sur les routes, accueillis en Europe ou au-delà en 1956, ceux aussi de la grande crise d'entre les deux guerres dont un grand nombre a enrichi l'Amérique et l'Australie... Sans parler des centaines de milliers qui partent, actuellement, pour trouver du travail et une vie plus décente en Allemagne ou en Grande-Bretagne...
Sans oublier ces cours d'histoire qui nous ont enseigné l'arrivée des tribus de nos ancêtres, pas chrétiennes du tout, dans ce pays qui est devenu leur patrie au prix de beaucoup de sang versé...
Ce n'est pas simple de quitter son pays. Pas même dans les conditions qui étaient les miennes en 1974. Ce n'était ni la persécution ni la misère mais une rencontre, un sentiment, qui m'ont décidée de tout laisser derrière moi: pays, famille, amis, langue, culture et métier, pour tous les risques de l'inconnu. A 25 ans, on est confiant jusqu'à l'inconscience car l'amour devient notre véritable pays... 
Rozsa Tatar

Rozsa Millet

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