La
vieille maison garde la fraîcheur, tient tête à la canicule brûlante et
lourde. Parfois, nous nous aventurons à l'extérieur pour une balade à
vélo ou plus loin en voiture, une après-midi à la piscine ou des
retrouvailles familiales, avec leurs goûts d'antan. Des pastèques
démesurées craquent sous le couteau et fondent dans la bouche avec la
fraîcheur délicieuse des souvenirs d'enfance... Des gâteaux faits maison
s'engloutissent et nous plongent dans une torpeur non moins
délectable...
On est à cheval sur juillet-août. Je déguste mes vacances paisibles en Hongrie.
Depuis
mon retour en France, des images oppressantes bousculent cette quiétude
ambiante. La Toile bruit de nouvelles alarmantes, le flot ininterrompu
de “migrants”, leur détresse désemparée, les commentaires haineux ou
compatissants - selon la position du commentateur dans le paysage
politique - et la léthargie méfiante de la majorité des habitants créent
un véritable choc. Le pouvoir, depuis des mois, “préchauffe” l'opinion
publique avec des campagnes d'affichage contre toute sorte de risques:
l'envahisseur qui menace le gagne-pain des Hongrois, des terroristes
dissimulés parmi les réfugiés avec l’intention de faire exploser des
bombes en Hongrie, des épidémies qui risquent de se répandre, des femmes
de se faire violer et la racine chrétienne de se faire arracher au
profit de l'islam... Le spectre de l'occupation ottomane d'il y a trois à
quatre siècles se profile à l'horizon...
En
même temps, on passe sous silence quelques “souvenirs” de l'histoire
plus ou moins proche du pays: l'exode de centaines de milliers de
Hongrois jetés sur les routes, accueillis en Europe ou au-delà en 1956,
ceux aussi de la grande crise d'entre les deux guerres dont un grand
nombre a enrichi l'Amérique et l'Australie... Sans parler des centaines
de milliers qui partent, actuellement, pour trouver du travail et une
vie plus décente en Allemagne ou en Grande-Bretagne...
Sans
oublier ces cours d'histoire qui nous ont enseigné l'arrivée des tribus
de nos ancêtres, pas chrétiennes du tout, dans ce pays qui est devenu
leur patrie au prix de beaucoup de sang versé...
Ce
n'est pas simple de quitter son pays. Pas même dans les conditions qui
étaient les miennes en 1974. Ce n'était ni la persécution ni la misère
mais une rencontre, un sentiment, qui m'ont décidée de tout laisser
derrière moi: pays, famille, amis, langue, culture et métier, pour tous
les risques de l'inconnu. A 25 ans, on est confiant jusqu'à
l'inconscience car l'amour devient notre véritable pays...
Rozsa Tatar
Rozsa Millet
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