lundi 23 novembre 2015

Méfiance par Flora

A la fin de mon précédent billet d'humeur, il y a environ un mois, j'ai promis d'être plus gaie, plus conviviale. J'avoue que les évènements récents ne me facilitent pas la tâche. Heureusement, l'homme ne supporte pas longtemps l'oppression: ou il y succombe ou il essaie de s'en libérer, du moins dans sa tête. C’est encore l'espace où se crée le mieux le monde fabuleux de la liberté intérieure, sans doute la seule véritable. Les rescapés des oppressions interminables pourraient en dire long...
Pourtant, la peur est bien là mais braver la terreur devient acte de résistance. On ne reconnaît pas le droit à l'ennemi d'imposer sa volonté d'anéantir tout ce qui faisait “le sel de notre vie”, ces petits plaisirs qui permettaient de reprendre le collier harassant du quotidien: la musique, le foot, la terrasse d'un café entre amis, la flânerie insouciante ou la cohue des préparations des fêtes...
La méfiance est de mise: dans le métro, les gares, les magasins, dans la rue ou à l'entrée des spectacles, on jette un rapide coup d'œil circulaire au repérage d'un colis abandonné ou d’un regard fuyant... L'ennemi est lâchement invisible. Il veut que l'on soupçonne le voisin, que l'Autre devienne suspect. 
Cette peur de l'Autre est vieille comme le monde. Il n'y a qu'un moyen pour la combattre: faire un pas vers cet Autre pour le découvrir. Le connaître: c'est le début de le reconnaître. De se reconnaître, mutuellement.
Je me souviens de la réserve instinctive de ma mère à la nouvelle de notre installation en Turquie pour six ans. Pour elle - comme pour beaucoup d'autres - les Turcs représentaient les hordes d'ottomans qui avaient dévasté la Hongrie aux 16-17ème siècles et elle craignait leur sauvagerie d'un autre temps, véhiculée par les légendes de l'histoire et de la littérature. J'ai eu du mal à dissiper sa défiance et je crois bien qu'elle n'a jamais vraiment compris mon inextinguible nostalgie pour ce pays et pour le chaleureux accueil de ses habitants.
Rozsa Tatar
Rozsa Millet
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