lundi 7 décembre 2015

Mort du poète Ferenc Juhász

"C’est l’un des plus grands poètes européens de la seconde moitié du 20e siècle qui est parti. Ferenc Juhász est décédé le 2 décembre à l’âge de 88 ans. Considéré comme l’un des plus grands poètes contemporains de Hongrie, aux côtés de Mihály Vörösmarty, Endre Ady et Attila József, il a été récompensé deux fois par le Prix Kossuth. Il avait aussi été un candidat sérieux au Prix Nobel de littérature dans les années 70." Source : hu-lala.org

Un lecteur, que je remercie au passage, nous apporte les informations suivantes :
Dans l'anthologie de la poésie hongroise sous la direction de L. Gara, figurent trois poèmes de cet écrivain :
- La baleine irisée
- Tristesse en culture
- La fleur du silence

 Ferenc Juhász sur Wikipédia en langue hongroise

7 commentaires:

  1. Pour compléter - d'abord en hongrois:
    http://pim.hu/object.BA69DC66-F390-4049-9A1E-15121B1A6D95.ivy
    oeuvres et biographie abondantes


    RépondreSupprimer
  2. En français, L. Gara, p444, dans son anthologie de la poé&sie hongroise (1962) introduit le poète de cette façon:

    Ferenc Juhàsz est considéré par toute une catégorie ardente de la jeunesse hongroise, comme l'héritier âpre et non conformiste d'Attila Jozsef. Fils d'une servante et d'un maçon emporté de bonne heure par la tuberculose (La Baleine irisée est le "tombeau" du père), Ferenc Juhàsz connut dans son pays natal, la campagne de Transdanubie, une enfance déchirée. Découvert avant qu'il n'eut vingt ans, Juhàsz, comme tant de jeunes écrivains de sa génération, s'est plié lui aussi aux canons alors en vigueur, mais son tempérament et son imagination débordante brisèrent rapidement les entraves de son inspiration et lui permirent de créer un véritable univers poétique, un univers "cosmique". Outre ses poèmes proprement lyriques, Ferenc Juhàsz fit plusieurs tentatives pour réabiliter la poésie épique, et son poème Le pays prodigue [A tékozló ország (eposz, 1954)], évocation de la grande Jacquerie hongroise de 1514, fut considérée comme un événement littéraire.

    RépondreSupprimer
  3. (à noter que dans wikipedia hongrois, il est noté la vie difficile qu'eut le poète sous le régime communiste, il fut même un moment interdit de publication; il put néanmoins voyager, notamment en France)

    3 poèmes sont présentés dans cette anthologie ancienne (note ci-dessus) dont j'ignore pour l'instant le titre hongrois. Voici d'abord:
    La fleur du silence (traduit par G.E. Clancier)

    Se flétrit le silence, les feuilles du chagrin poussent avec leurs dures nervures.
    Ne crie pas ne crie pas ne me déchire pas avec tes regards.
    Ne va pas me pendre aux cordes vives de tes plaintes de tes pleurs.
    Je me dessèche au fond de ma chair, ma mort me vêt de mouches bourdonnantes et bleues.

    Mes nerfs allongent leurs tentacules de poulpe vers le vide visqueux.
    Ils cernent d'enfantins astres-poissons, s'ennivrent de leur sang brûlant.
    Je ne suis qu'un oeil glauque humide virant sur son axe, mes tourments s'embrasent.
    Tire-moi des profondeurs vitreuses de mon indifférence, délivre-moi de ma chrysalide rapace.

    J'entends chanter un cerf, allons errer dans ces contrées
    Là-bas la ramée est silence, les arbres du mutisme se déploient.
    Là-bas fleurissent des oiseaux rouges, le chevreuil de la douceur vagabonde",
    Ton coeur sur le mien s'ouvre, au clair de lune s'épanouit la fleur du silence.

    RépondreSupprimer
  4. Tristesse en culture (traduit par J.Rousselot - 1955)

    Patate en fleur, fleur de patate blanche,
    Jolie tristesse cultivée en planches!

    Silence au jardin de ma mère, ô fleur
    De patate, ô fleur de patate, ô fleur...

    Persil, pavot vert, câpres et tomates
    Rêvent à l'abri du pied de patate.

    Patate en fleur, fleur de patate blanche,
    Douce tristesse cultivées en planches!

    Paris, New York, ces clochetes pulpeuses
    Me font songer à vos tours orgueuilleuses,

    Et je songe aussi, devant tes flots verts,
    Aux frais poissons qui nagent dans la mer,

    Patate en fleur, fleur de patate blanche,
    Douce et triste amie qu'on cultive en planches.

    Bien à l'abri sous la terre rougeâtre,
    Les cerceaux se gorgent et se dilatent,

    Tandis que là-haut la tristesse éclate,
    O fleur de patate, ô fleur de patate!

    Des lumignons se meurent assoiffés
    Sur le catafalque vert du sommet,

    Viril surgeon dardé par les secrètes
    Bourses du sous-sol jaunes et violettes

    N'est-ce pas lui qui reçoit de l'éther
    L'ultra-violet et qui l'envoie sous terre ?

    O fleur de patate, ô fleur de patate,
    Tristesse en sillons, blanche et délicate,

    En vérité, tu ne diffères point
    De moi, de mon fragile espoir humain,

    Roue lumineuse éclose en ce jardin
    Où s'étendait jadis un fond marin,

    Fleur de patate, et tes soeurs bien liées
    Comme des jeunes filles en bouquet!

    (fin ci-dessous)

    RépondreSupprimer
  5. En toi aussi, le jour, la nuit, sans trêve,
    Monte, bouillonne et cascade la sève

    Qui pousse la bête heureuse, aussi bien
    Que l'homme accablé d'inhumains chagrins.

    Dans les doux plasmas, les graines craquantes,
    Une belle révolte intelligente

    S'accomplit en jet de clarté; l'explique
    Tout bonnement la pression hydraulique

    Qui crève et disperse en tristes épaves
    Les fibres vitreuses de la carcasse.

    Pieges lumineux, tes miroirs comprennent
    Les déflagrations de l'hydrogène

    Provoquées par le soleil qui s'émiette,
    Les captent sans cesse et les retransmettent.

    Oh, fille lointaine de la fougère
    Qui apparut avant l'homme sur terre,

    La vaste mer t'a rêvée autrefois,
    Fleur dont j'ai fait l'emblème de ma foi!

    La rose qui de toi voudrait jaillir
    Vacille, s'effeuille; on la voit mourir.

    Reste une fleur borgne sur moi collée,
    Astre dernier d'un monde sans pensée.

    Sous les arceaux pulpeux de tes pétales,
    Je songe à Londres, à ses ponts de métal.

    En vérité, tu ne diffères point
    De moi, de mon fragile espoir humain.

    Tu es un rêve d'homme, comme moi,
    Puisque tu es l'emblème de ma foi.

    Douce tristesse cultivées en planches
    Patate en fleur, fleur de patate blanche.

    RépondreSupprimer
  6. Le 3ème poème est La Baleine irisée
    (peut-être plus tard, je la copierai ici)

    RépondreSupprimer
  7. Merci michartpoesho pour tous ces poèmes mais je vous suggère d'en rester là. La législation sur le droit d'auteur m'interdit sauf autorisation expresse des ayant-droits de copier des parties d'ouvrage. Je me permettrai cette fois-ci, juste une petite entorse, dont j'espère qu'elle ne portera pas à conséquences, en publiant simplement les deux poèmes ci-dessus que vous avez bien voulu nous recopier.
    Merci encore pour votre contribution.

    RépondreSupprimer