mardi 18 mars 2008

Duna

Kedd, február 12.

20. Duna.

Fleuve ou rivière ? Ruisseau ou mer ? Quelle importance ! Le pays où Tu vas et vires, d’un coup de coude T’enlève vers le sud ; ce pays-là Te choisit à l’envers des conquêtes et Te chante à tue-tête ! Tu y bats la chamade, la chamaille du cœur, Tu y dessines à main levée la plus belle des artères, la veine bleue aussi, charriant tous nos hivers. D’un bord à l’autre Tu portes les fardeaux, les joyaux et les bêtes et d’une rive à l’autre des espaces aux multiples frontières, Tu lances les nouvelles, Tu nargues à tire d’aile les faiseurs de leçons, les empotés du fiel !

Et l’hiver, en secret, Tu déposes en ma corbeille vide des présents à la pelle :

- baie ciselée de soleil un matin de novembre arrondi dans l’or du temps ;
- friselis du gravier dans la menotte ravie de l’enfant-farandole ;
- berge fraîche et vive pour augurer des instants d’émerveille ;
- profonde onde sonore où naissent Tes villages, lovés ;
- bain de pieds, pied de nez au touriste indiscret ;
- immense brume où Tu noies grues et tourelles, piliers de ponts anéantis ;
- horizon des plaintes et des rêves : j’y ai bâti mon île, marguerite en été et pensée en hiver ;
- patience de Tes courants qui subissent les guerres et, d’un rai de lumière, font chanter nos misères ;
- partage de Tes eaux sous nos pas pleins de fièvre ;
- sans crier gare Tu enjambes les digues, fais monter Ta colère, la force de Ta terre ;
- et nappe d’organdi sous les jeux des oiseaux,
- trésor du soir où Tu bois le soleil ;
- sur Tes quais, à l’automne grisé, Tu déroules Tes vagues, froide insolente !
- comme écho au vacarme des villes Tu tends les ponts vers les collines et repars vers l’or de Tes deltas.

Tes oiseaux de lointains viennent crier, la nuit, au ras des eaux profondes et sillonnent Ton histoire faite de miel et de fronde.

J’aspire aux retrouvailles au couvert de Tes quais, quand danse l’hirondelle, matin du musicien. Je rêve des chemins que Tu traces, digne et lasse du mépris des humains : ils T’enjambent et T’endiguent sans penser à demain.

Mais Ta fièvre est immense du lever au couchant, du plein- mer au jusant ; tu ne cesses de donner tes légères fontaines, ta clameur retenue avant que d’être mer.

Anne Fénié

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire