lundi 18 juillet 2016

A propos du référendum sur les flux migratoires prévu le 2 octobre 2016 en Hongrie

Le Mot de l’Ambassadeur
L’annonce de la tenue le 2 octobre prochain du référendum hongrois sur les flux migratoires a donné lieu dans la presse française à un certain nombre d’interprétations qui ne reposent pas toujours sur une exacte appréciation de son contexte. C’est pourquoi j’estime nécessaire d’apporter quelques précisions pour clarifier les bases du débat, au niveau du libellé de la question, du timing et de l’objet exact de ce référendum.
La question : différentes traductions, plus ou moins heureuses, en circulent. Pour une compréhension aussi proche que possible du texte original et officiel hongrois, je propose la formulation suivante : « Approuvez-vous que l’Union européenne puisse ordonner l’installation en Hongrie, à titre obligatoire, de ressortissants non Hongrois sans l’accord de l’Assemblée nationale ? »
Le timing : il a été écrit que cette annonce était une « nouvelle provocation » (sic) de la part de la Hongrie, particulièrement malencontreuse en plein Brexit. Erreur : il n’y a aucune intention malicieuse dans ce timing. Le gouvernement avait annoncé voici plusieurs mois la tenue de ce référendum, et si sa date n’a pu être fixée que maintenant par le Président de la République, quelques jours après le référendum britannique, c’est parce que la constitution hongroise prévoit la possibilité de nombreux recours contre sa tenue, qui ont tous été exercés par l’opposition et qui viennent seulement d’être entièrement purgés.
L’objet : le référendum ne concerne PAS la décision prise à la majorité qualifiée par le Conseil des ministres européens de l’Intérieur le 22 septembre dernier. La Hongrie a déposé contre cette décision un recours devant la Cour de Justice de l’Union parce que nous estimons qu’elle a été prise en contravention avec le mandat qu’avait reçu la Commission de la part du Conseil Européen du mois de juin précédent. La Commission avait en effet été mandatée pour préparer un projet de quotas de relocalisation des réfugiés sur une base VOLONTAIRE. Si elle avait respecté ce mandat, la Hongrie aurait très vraisemblablement voté le projet. Au lieu de cela, le texte soumis au vote des ministres le 22 septembre comportait, contre toute attente, une relocalisation OBLIGATOIRE. Une majorité de pays l’ont malgré tout voté, la Hongrie et quelques autres s’y sont refusés. Nous estimons en effet que le caractère obligatoire – outre la forme contestable de son introduction – franchit, quant au fond, une ligne rouge qui touche à un domaine régalien, celui du droit souverain de chaque pays de ne pas se voir IMPOSER sa composition sociale ou ethnique.
C’est pour se prémunir contre des déconvenues similaires que le référendum actuel a été décidé. Ce référendum concerne donc le futur, pas le passé. Il vise à donner au gouvernement hongrois une forte légitimation populaire pour le cas où l’Union européenne persévérerait dans son intention d’OBLIGER les pays membres à se plier à une relocalisation IMPOSEE des réfugiés. Ni le gouvernement hongrois, ni la Hongrie ne sont par principe hostiles à l’accueil des réfugiés. Le libellé de la question l’atteste, qui laisse juge l’Assemblée nationale. Notre pays a toujours laissé entrer, et laisse entrer tous les migrants qui le font légalement et examine leur demande d’asile sur la base des conventions internationales applicables. Ce que nous n’admettons pas, c’est qu’on nous force la main. Nous n’acceptons pas les entrées illégales, et nous n’acceptons pas non plus que des tiers – fût-ce l’Union européenne – nous dictent qui nous devons faire entrer dans notre pays. Dans un domaine aussi sensible que celui-là, chaque Etat-membre de l’Union doit conserver le droit de décider souverainement. Certains d’entre eux considèrent le phénomène migratoire comme une opportunité. Nous respectons ce choix. Nous avons fait quant à nous un autre choix, et nous attendons qu’il soit également respecté. Nous voyons dans la compréhension et le respect de la position de l’autre une valeur européenne fondamentale. Il nous paraît tout à fait normal que dans une Europe à 27 ou à 28, tous les pays n’aient pas la même approche sur un phénomène qui affecte aussi gravement l’avenir de leurs sociétés respectives. L’Europe ne s’en trouvera certainement pas affaiblie, bien au contraire.
Source : Page Facebook de l'Ambassade de Hongrie à Paris

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire