dimanche 10 janvier 2010

Urgence sanitaire pour les Roms de Bobigny - Un habitant de Bobigny écrit au Premier ministre

Le Blog des Mardis hongrois s'est déjà fait l'écho des démarches entreprises par Claude Weisz, cinéaste habitant à Bobigny, pour que des personnes vivant à deux pas de chez lui puissent bénéficier de conditions d'existence conformes à un minimum de dignité et de salubrité.
Ses démarches ont déjà abouti, même si c'est au bout de plusieurs mois, à un début de résultat.
Il poursuit son action, qui reçoit tout notre soutien, par un courrier qu'il vient d'adresser à Monsieur François Fillon, Premier ministre.

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Claude Weisz Bobigny, le 7 janvier 2010


À M. François Fillon, Premier ministre.
Réf.
Copies à M. Jean-Louis Borloo, ministre d'État, ministre de l'écologie.
Réf.
et à Mme Catherine Peyge, Maire de Bobigny



Monsieur,

Je tenais à vous remercier pour avoir répondu avec diligence à mon courrier du 3 octobre 2009. Cependant, j'attendais pour cela que M. le préfet de la Seine-Saint-Denis, répondant à votre lettre du 12 octobre lui prescrivant un examen approprié de ma demande, « me tienne directement informé de la suite qui lui sera réservée. »

Hélas, trois mois se sont écoulés depuis lors et, à ce jour... Rien. Ceci me confirme dans l'idée que le représentant de l'État semble attendre que la situation sanitaire empire pour procéder à « l'éviction des squatters » ( !)
Par bonheur -- et honneur -- Mme le maire de Bobigny a réagi avec conscience (cf. ma lettre au Conseil Municipal de Bobigny et la réponse de Mme Peyge).

Je veux, une fois de plus, souligner que je ne demande pas l'expulsion des Roms installés sur ce terrain. Comme je l'ai écrit au Président de la République, M. Nicolas Sarkozy, le problème de l'intégration de la plus grande minorité européenne est l’une des questions les plus importantes qui se posent aux autorités européennes. Cependant, nous, Français, devons considérer que cette émigration sauvage n'est pas qu'économique. Nous assistons, en Roumanie, en Hongrie, en Bulgarie, en Slovaquie et en Tchéquie à des pogroms anti-Roms. À tel point que Vaclav Havel, lorsqu'il fut Président de la République tchèque, appelât solennellement ses concitoyens au respect des tziganes, en condamnant avec force les actes meurtriers et ségrégationnistes et les discours de haine de certains de ses compatriotes.

J'estime que votre gouvernement, en n'intervenant pas dans l'assainissement de ce lieu de campement tzigane à Bobigny, commet un déni de responsabilité.
Je m'étonne que le principe constitutionnel de précaution soit oublié lorsqu'il ne concerne que quelques centaines d'individus migrants et habitants de la Seine-Saint-Denis
Je m'étonne du silence de Mme la ministre de la santé. Pourtant il y a bien risque de maladie contagieuse. Nettoyer, assainir ce terrain, y installer des toilettes de chantier, ne coûterait que quelques centaines de doses de vaccin antigrippal.
Je m'étonne que le ministre de l'écologie ne soit pas suffisamment persuasif auprès du préfet pour que celui-ci intervienne, alors qu'il existe ici un sérieux risque de pollution.

Il est vrai que le préfet doit organiser la réflexion sur l'identité nationale. À ce propos, peut-être vous demandez-vous pourquoi j'interviens, avec insistance, ici et maintenant, pour vous engager à résoudre cette situation malsaine : ordures, déjections, défécation, santé publique, intolérance, racisme...
C'est, sans doute, par fidélité à l'esprit et l'éthique de mes parents -- émigrés d'Europe centrale -- naturalisés français en 1930-31. Par respect de la mémoire de mon père, mobilisé en 1939, qui dès sa démobilisation s'engagea dans la Résistance. Arrêté par d'authentiques Français, officiers des renseignements généraux, puis torturé à mort dans les locaux de la préfecture de police de Paris, le 24 juin 1942. Ainsi suis-je devenu un « pupille de la nation » grâce à mon père -- métèque -- « mort pour la France » ! J'ai hérité de mes parents l'image qu'ils se faisaient de la France « patrie des droits de l'homme » et de la lecture de Montaigne qui m’a appris que « qui se connaît, connaît aussi les autres ; car chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » Et c'est aussi en tant que fils adoptif de la France que j'estime devoir être écouté.

Mais revenons-en au petit problème local qui m'a fait m'adresser à vous.
Je pense qu'il est souhaitable et raisonnable que les deux ministères sus-désignés puissent aider la municipalité de Bobigny dans ces travaux nécessaires à la mise en propreté de ce bidonville français. Je pense également que, si l'on donne les instruments permettant aux habitants de cette favela de maintenir une certaine propreté, ils sauront les utiliser et les gérer correctement.

Dans l'attente d'une décision humaine et responsable, je vous prie d'agréer, Monsieur le Premier ministre, l'expression de mes sentiments distingués.

Claude Weisz

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