vendredi 17 mai 2019

Viktor Orban ou le triomphe du national-cynisme

Dissident anticommuniste admiré de Cohn-Bendit et de BHL il y a trente ans, le dirigeant à poigne de la Hongrie depuis 2010 s'est métamorphosé en gourou “illibéral”, inspirant Salvini et consorts. Il se rêve aujourd'hui en leader de l'extrême droite européenne.
La scène se déroule en avril 1988 à Budapest, quelques jours après la création du Fidesz, mouvement de jeunesse dans une Hongrie encore communiste. Manches de chemise retroussées et tignasse mi-longue, le jeune Viktor Orban, qui termine ses études de droit, évoque sa passion du football qui l'a presque poussé à devenir professionnel, son enfance dans un milieu modeste peu ouvert à la culture, son père à la main souvent leste et ses perspectives d'avenir. Pour lui, pas question d'être un politicien négociant huit heures par jour derrière des portes closes. Viktor veut passer un an ou deux à affiner ses connaissances à l'Ouest puis enseigner les sciences politiques.
Orban épouse pourtant bien vite la fonction tribunitienne. Il sort de l'anonymat en prononçant un discours retentissant le 16 juin 1989 sur la place des Héros lors du « réenterrement » symbolique du Premier ministre communiste réformateur, Imre Nagy, exécuté trente et un ans plus tôt sur ordre de Moscou, accusé d'avoir cautionné le soulèvement antistalinien d'octobre-novembre 1956 maté par l'URSS. Devant près de 250 000 spectateurs et des centaines de milliers de Hongrois suivant l'événement à la télévision, Orban exige le retrait des troupes soviétiques et s'offre ainsi son premier moment de gloire.
« Dès le début, Viktor avait pour ambition de devenir Premier ministre. La première fois que je l'ai entendu en parler, c'était en 1989. Certains de nos camarades souriaient, mais aucun n'osait se moquer de lui. Ce n'était pas si fou, finalement », témoigne son compagnon de lutte et d'Assemblée nationale d'antan Peter Molnar, qui partage désormais son temps entre ses recherches à l'université d'Europe centrale de George Soros (aujourd'hui cible privilégiée d'Or-ban) et l'écriture de slams résolument politiques. « Au dortoir, nous élisions un secrétaire, le chef de notre petit monde, et c'était toujours lui. Toujours », poursuit-il." La suite sur marianne.net (article payant)

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