jeudi 26 novembre 2009

Eletemböl - Comment est né ce livre par Anna Stein 1/2


Nous poursuivons ici la publication des contributions à la conférence "Intégration, assimilation et identité en Hongrie aux XIXe et XXe siècles", soirée débat organisée par l'association des Mardis hongrois de Paris à l'Institut hongrois de Paris le 10 novembre 2009.
Intégration, assimilation et identité en Hongrie
aux XIXe et XXe siècles

Soirée débat organisée par l'association des Mardis hongrois de Paris à l'Institut hongrois de
Paris le 10 novembre 2009


Comment est né ce livre ?
Intervention d'Anna Stein

Comment est né ce livre ? J’ai trouvé le manuscrit original de langue allemande en 2000 dans la succession de ma mère, Rose Engel de Janosi avec de nombreux documents et photos de la famille. Dans sa correspondance, j'ai appris que le texte a été trouvé par quelqu’un de ses relations à Pécs, qui l’avait envoyé à elle à New York où elle vivait. J’ai remis ces documents à la directrice du musée de Komló qui a eu l’idée de faire une exposition en mémoire d’Adolf Engel et la famille. Pour mon bonheur Rózsa Jakab a fait traduire en hongrois le texte original écrit en allemand, que j’avais lu avec difficulté, ainsi il est devenu plus facile à comprendre pour moi aussi. C’est ainsi que l’éditeur de Pécs, Gábor Szirtes a décidé l’édition de cet ouvrage.
Après tant d’années et malgré les changements politiques successifs intervenus, la personne d’Adolf Engel est perçue comme « Père de la Ville de Komló », il continue à vivre dans leur esprit. Il me vint la question, par quel mystère? Dans les environs, il y avait de grandes familles ayant d’immenses domaines (les Batthyányi, le prince Montenuovo), malgré cela c’est la statue d'Adolf Engel de Jánosi qui se dresse sur la place principale. Quelle en est la raison ? Dans la description de sa vie, j'ai appris que durant une bonne partie de son existence, il était dans la pauvreté, et a vécu modestement, il a lutté et grâce à son travail acharné c’est très lentement qu’il arriva à un haut degré de la richesse. Il a toujours apprécié la valeur des relations humaines, ne se précipita pas sur des biens.
Sa carrière a coïncidé avec les périodes historiques les plus importantes du pays. Il était l'homme de l’époque des réformes, caractérisé par des principes et par des actes. Széchenyi, Eötvös étaient ses modèles. Il a pris part également à la Révolution de 1848. C’est l’époque de la réconciliation avec l’Autriche en 1867, l’éclosion de l'évolution bourgeoise qui a vu s'accomplir ses performances les plus importantes et ses entreprises.
À son époque, la Hongrie était l’espace le plus ouvert à l'intégration des ethnies diverses. Hongrois, Allemands, Slovaques, Roumains, Croates d'origine sont devenus des Hongrois enthousiastes, tout comme les juifs, les orthodoxes et gréco- catholiques. Dans son écrit, on voit que le racisme a bien existé, mais la civilisation a commencé à ouvrir la voie à une société de la réalisation pour tous. En réalité une société double s’est créée jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale en Europe centrale : d'une part, il y avait le système féodal, où la naissance détermine tout, et où le travail était méprisé, d’autre part il y avait déjà une classe bourgeoise émergente. La nouvelle devise de la bourgeoisie "Assíduo Labore» (constamment travailler) figure sur son blason de noblesse. On peut supposer que dans la vie d'Adolf ces nouvelles valeurs furent intégrées sous l'influence de sa mère, qui était originaire de Francfort (nous ignorons comment elle est arrivée à Bonyhád, puis à Pécs). Dans sa description nous pouvons suivre le lent processus pour sortir de la misère profonde. En créant ses entreprises, de longues relations de travail s’établissent, au cours des décennies entre lui et ses employés.
Le phénomène était totalement inconnu qu’un bourgeois, un industriel ou un propriétaire terrien converse avec un travailleur ou un ouvrier agricole, pour s’enquérir de son destin personnel. Ces impressions durables, lesquelles étaient tout à fait inhabituelles à cette époque s’inscrivaient dans la mémoire populaire. Ainsi, malgré les persécutions religieuses et sociales, la mémoire d'Adolf Engel devenait intouchable. De même, l'appréciation et le respect mutuels dans le domaine de la religion étaient inconnus, car les communautés vivaient complètement séparées. Lui a financé les études du curé de Jánosi. À cette époque, de grandes controverses secouaient la communauté juive (des litiges entre orthodoxes et néologues provoquaient des affrontements). Adolf a opté pour les seconds et c’est dans cet esprit, qu’il a pris part à la fondation de la Synagogue de Pécs. À l'entrée de celle-ci des inscriptions sur le marbre en témoignent. Les changements intervenus dans les communautés juives dans l'exercice de la religion ont permis de sortir de l’exclusion, et ont ouvert la voie à l'intégration dans la société hongroise, ce processus a eu lieu en Allemagne un demi-siècle plus tôt. József Eötvös a combattu pour l'émancipation des juifs, leur exclusion sociale disparut dans le pays.
Il est intéressant d'observer qu'au cours de sa vie, Adolf s’incorpore instinctivement dans la société hongroise, comme patriote enthousiaste, et comment il se sent responsable de cette ville, où, il y a encore quelques décennies, il était à peine toléré. Il était fier d’être parmi les contribuables les plus importants de Pécs. Sa capacité d'intégration sociale incroyable m’a toujours étonnée. Sa vie a commencé dans la misère, l’a conduit à la prospérité, et il est devenu grand propriétaire sans développer les mauvaises caractéristiques des nouveaux riches. Il s'insérait naturellement dans la société et faisait partie des cercles sociaux les plus élevés.
Il a eu huit enfants. Il leur donna la meilleure éducation. Toutefois, il était un homme de son époque, ce qui signifiait être un pater familias strict, à l’instar de l’Empereur. Ceux avec qui il pouvait travailler de concert avaient de la chance, ceux qui recherchaient des voies individuelles, ont dû ou bien renoncer, ou bien…
Cela a déterminé pour les générations suivantes la structure familiale.
Autant il était à l’avant-garde en tant que patron, et entrepreneur, autant dans son rôle de chef de famille, il restait le patriarche antique. J’ai découvert dans ses écrits toutes les interdictions que mes grands-parents et mes parents ont perpétuées. Ma relation avec mon aïeul était une lutte, à travers mes parents, ces recommandations archaïques sont devenues des lois. Ce n’est qu’après de longues années d’analyse que je me suis réapproprié mon histoire et ressuscité mon ancêtre. En même temps il fut un repère pour moi dans la vie de lutte. Comment me considère-t-il ? Celle qui a désobéi en devenant artiste ? Peut- être serait-il tout de même fier de moi ?

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