dimanche 29 novembre 2009

Gábor Fleck : A propos des Tsiganes Un peu autrement 1/4

Nous terminons ici la publication des contributions écrites à la conférence "Intégration, assimilation et identité en Hongrie aux XIXe et XXe siècles", soirée débat organisée par l'association des Mardis hongrois de Paris à l'Institut hongrois de Paris le 10 novembre 2009.
Intégration, assimilation et identité en Hongrie
aux XIXe et XXe siècles.

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A propos des Tsiganes Un peu autrement
Gábor Fleck
Académie des Sciences de Hongrie- Institut des Recherches de Sociologie



De qui parlons-nous ?

Si nous réfléchissons sur l’histoire des Tsiganes de Hongrie, je tiens à développer certaines idées incontournables pour éviter des malentendus.
L’approche du thème de la science de l’histoire est un problème, ce qui empêcherait plutôt que d’aider la compréhension du présent. On peut arriver à un cul-de-sac en pensant qu’en connaissant le passé, on trouverait d’une manière linéaire la réponse pour le présent. En vérité cela ne signifie pas autre chose que de construire à partir des bribes du présent un passé fictif, ce qui donne une explication tautologique, pour tourner en rond. On construit une histoire nationale sans éléments sérieux, tout en recouvrant, c’est-à-dire occultant ces éléments du passé ceux qui ne pourront pas s’appliquer à une ligne directe vers le présent.
Par exemple, il est illusoire de penser que la tsiganité soit homogène ethniquement, une communauté fermée, et qu’elle aurait été telle durant toute son histoire. Les mélanges ethniques sont bien plus importants dans cette population, comme parmi d’autres peuples, que supposés dans la conscience générale. Dans la délimitation des limites du « nous » et du « eux » il est important de se déterminer clairement des autres, c’est pourquoi même après des cohabitations séculaires ces différenciations nettes sont fréquentes. Ce n’est pas un démenti de l’histoire commune mais cela appartient plutôt au résultat des stratégies de la construction nationale, c’est-à-dire de la politique et non de la science.
Remémorons-nous les désignations par lesquelles les peuples déjà sédentarisés ont nommé les Tsiganes à leur apparition en Europe. Le gypsy anglais, ou le gitanos espagnol se réfère à une origine égyptienne, car c’est cette provenance qui s’est propagée sur les nouveaux immigrés inconnus. Le hongrois cigány, l’allemand Zigeuner ou l’italien zingaro se réfèrent à une tout autre origine. Il existait en Grèce au moyen âge un peuple hérétique, pratiquant la magie et la prophétie, dont les noms sont sauvegardés par ces dénominations. Mais il y a des sources espagnoles aussi, les nommant hungaros, c’est-à-dire hongrois, d’autres les désignent comme bohémiens de Tchéquie.
La linguistique ajoute aussi des siennes à l’histoire des origines. Il est indiscutable que la langue
romani contient un grand nombre de mots de base ressemblant au sanscrit et il est indéniable qu'il en doit son origine. La science de l’histoire cependant applique ce fait pour l’affirmation des
origines d’une manière simpliste, en ignorant les branches connexes de l'histoire. La langue romani contient nombre de mots d'origine perse, grecque, arménienne, puis plus tard des influences des Balkans et des Slaves du sud sont intervenues dans le développement du romani. Les historiens tiennent ces faits comme des traces des étapes, ne tenant pas compte que dans le cas des rencontres des peuples, il n’y a pas que les effets des influences linguistiques et culturelles dont il faut tenir compte, mais inévitablement des mélanges ethniques aussi. En d’autres termes, il y avait des individus d'appartenance tsigane qui se sont intégrés par des unions à ces autres peuples et ils n’étaient plus considérés comme Tsiganes, de la même manière d'autres individus appartenant à d’autres ethnies sont devenus Tsiganes par le mariage. L’illusion du cloisonnement ethnique (ethnique closure), comme nous l'avons déjà évoqué, est maintenue plutôt par la politique de la construction nationale, que par la science.

Texte de Gábor Fleck traduit par Anna Stein et Jean-Pierre Frommer

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