dimanche 29 novembre 2009

Gábor Fleck : A propos des Tsiganes Un peu autrement 2/4

Comment approcher ce thème ?

Si nous sommes capables d’accepter les thèses ci-dessus, nous arrivons à la conclusion que la tsiganité en tant qu’unité ethnique est le résultat d’une construction sociale, c’est-à-dire qu’en général c’est la valeur objective du concept en soi qui est remise en question. Dans ce sens, l’on ne pourrait parler d’aucun peuple que d’une façon intégrante en considérant les données sociales et économiques. Nous devons analyser les connexions, les relations sociales (inter-ethniques) et comprendre qu’il s’agit de se nommer l’un et l’autre, de se déterminer nous-mêmes et réfléchir à la cohérence de tout ceci. Donc si nous parlons des Tsiganes, en réalité c’est nous-mêmes que nous caractérisons. En réalité c’est nous-mêmes qui sommes déterminés par la manière dont nous nommons un groupe et par qui nous y incluons. Ce que l’environnement nomme en tant que Tsigane varie selon les époques. Pour les institutions sociales, ce sont les groupes déchus socialement repoussés à la périphérie de la société qui sont désignés comme Tsiganes. Les actes criminels caractéristiques des couches inférieures de la société sont nommés comme tels par des pénalistes.
En réalité les problèmes sociaux s'ethnicisent par une catégorisation des comportements de groupes ou d'individus récalcitrants, déviant des comportements dits normaux ou de ceux de la majorité.

C’est cette approche qui détermine fortement autant la pensée scientifique que celle de la vie quotidienne. D’un point de vue scientifique, cette catégorisation scientifique conduit à la tautologie, et avec une apparence scientifique renforce une pensée de stéréotype. En simplifiant : du point de vue de la majorité, les groupes aux comportements déviants et récalcitrants sont désignés comme Tsiganes, en faisant des recherches sur lesdits groupes, on prouve, qu’ils sont récalcitrants et déviants. Par cette approche, pour la science tous ceux qui n’ont pas cette forme de vie deviennent invisibles, quand bien même ils se déclarent Tsiganes, voire beaucoup se retrouvent inclus dans le groupe étudié alors qu'ils ne se considèrent pas Tsiganes, alors que leur environnement les jugent tels en raison de leur mode de vie.

Dans la mesure où nous tenons à avoir une approche de type anthropologie culturelle, nous ne
pouvons qualifier un groupe que de la façon dont lui-même se désigne. Naturellement ce n’est pas indépendant de la vision de l’environnement envers ce groupe, et c’est justement pour cela qu’on ne peut les étudier en dehors du contexte général comme s’ils planaient dans un vide sidéral, chaque groupe social est relié par mille liens aux autres groupes de son espace, à son économie, et bien d’autres processus économiques et sociaux. Nous devons tenir compte de tous ces éléments afin que notre focus se positionne à sa place, pour observer ce que nous souhaitons examiner.

Il est important de noter que ceux que nous nommons Tsiganes, ou bien de la même manière homogénéisante Roms, se nomment eux-mêmes d’une façon très diversifiée. En Hongrie aussi il
existe de nombreux groupes désignés comme populations tsiganes, qui se désignent entre eux par des noms tout différents. Les Beas (parmi eux les mucsáns, ticsáns, et árgyelán), les musiciens, rémouleurs et les forains (les Vend) parmi ceux que l’on nomme les Tsiganes oláh il y a des Lovari, Posot’ari, Kherari, Colari, Cerhari, Bugari, Curari, Drizar, Gurvar etc. On voit que le monde dit Tsigane est bien plus hétérogène que ce qui vit dans le savoir commun.


Il est justifié d’examiner la population dite tsigane, mais cela ne veut pas signifier, d'étudier dans
quelle situation se trouvent des communautés de Tsiganes, mais de quelle manière une société traite ses minorités, et plus concrètement celle qu’elle définit comme tsigane. Il est important que le chercheur sociologue ait un point de vue clair et visible, qu’il n’ethnicise pas les strates sociales, c’est-à-dire des faits sociaux inhérents aux différences de classes.

Par la suite lorsque je vais parler des Tsiganes, je parlerai de ceux qui sont vus comme tels par l'environnement et traités par lui en tant que tels. Donc je n’utilise pas ce terme en tant que catégorie ethnique, mais je veux avoir une approche structurelle de ce thème, je place comme guide de ma pensée : qui l'environnement considère-t-elle comme Tsigane et sur quelle base, et cette minorité défavorisée « créée », construite comment la traite-t-elle .

Texte de Gábor Fleck traduit par Anna Stein et Jean-Pierre Frommer

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