dimanche 22 novembre 2009

Rózsa Jakab : Vie nationale et ethnique à Komló (4/4)

Les minorités aujourd'hui à Komló

Il n’y a pas de recensement réel des juifs de Komló. On se souvient de Kàroly Grünhut, l’épicier, comme un juif au bon coeur. « Vous me le rendrez quand vous pourrez » disait-il pour encourager ses clients, dont plus d’un n'acquitta pas son dû. Non loin de son magasin de la Grande rue il y avait l’échoppe de Sándor Rosenberg avec sa famille nombreuse. Il était aussi grossiste en vin. Que leur humanité ne tînt pas à leur appartenance nationale, la preuve en est donnée par les pleurs des voisins du quartier Imre, lorsque, impuissants, ils les voyaient être déportés vers le ghetto de Mohács.

Dans les années 1939-40 au-delà du renforcement des antagonismes hungaro-allemands, un
clivage apparut au sein même de la germanité dans le village. Leur majorité s’est orientée vers le fascisme en devenant membre du Volksbund. Ceux-ci, à l'automne 1944, se sont enfuis de la région (45 familles, env. 106 personnes). Cependant il ne faut pas oublier, que parmi les Allemands, 10 ont pris part à la Guerre de Libération de 1848, 12 parmi les 25 morts héroïques de la Première Guerre mondiale, et 32 des 58 victimes de la Seconde Guerre mondiale portent un nom à consonance germanique. Au moment des expulsions des Allemands de 1948 on envisage leur exemption, car ils l'avaient mérité par leur comportement. Ils sont considérés comme travailleurs et compétents. Malgré cela le 2 juin, 23 cultivateurs transportent les 143 expulsés allemands des villages vers Magyarszék. Leur départ est vu avec des sentiments mitigés par les habitants de Komló lassés. Leur destination était la RDA. À leur place, on a introduit des arrivants de Csallóköz, des Csángó et des Sicules de Transylvanie. Cette migration forcée des époques modernes; caractéristique d'une Europe en proie aux bouleversements était d'autant plus significative à Komló qu'elle donnait la mesure de l'« époque héroïque » des grandes « migrations » intérieures. À l’appel des mines, arrivaient indifféremment des travailleurs bons et mauvais, honnêtes et malhonnêtes, travailleurs et chômeurs invétérés. Il a fallu près de deux décennies pour que tout ce monde venant de partout se constitue en communauté où, malgré son extrême hétérogénéité chacun puisse se sentir l'un des 1951 habitants responsables de la ville, et contribuer à son embellissement. Dans la deuxième partie des années 1980 on y comptait 32.629 habitants.

Le grand traumatisme de la fin du siècle fut la fermeture des mines, ce qui malgré le changement de régime a bloqué l’évolution de la ville, juste à un moment où ont été prises des dispositions positives concernant les minorités, pour les écoles maternelles, en introduisant l’apprentissage de la langue allemande dans les écoles.

Komló est resté la ville des problèmes à résoudre, et des contradictions. Le recensement de
2001 a comptabilisé 28017 habitants.

----------Bulgare Tsigane Grec Croate Allemand Slovène-Ukrainien

Se considère
appartenir à --0----419-----5-----29------289-------5--------6
S’attache à des
traditions
culturelles ----1----406 ----12----35------356------- 3--------7
Utilise sa langue
maternelle----1----319------4----19------187--------3--------7
Utilise sa langue
dans sa famille,
cercle d’amis--0----279------1----18------134--------4--------5

En 2007 la composition de la ville et de ses 26 463 habitants s’est divisée parmi les minorités suivantes :
Hongrois 93,4 %
Tsiganes 2 %
Croates 0,2 %
Allemands 1,9 %
Roumains 0,1 %
Inconnu 6,2 %
Est-ce réellement la composition de la population ? Comment les ont orienté les évènements politiques et les nombreuses contraintes ? Les ont-ils laissés sans réaction ? Ces minorités se seraient-elles tant assimilées ? Ces questions sont de l'ordre de la poésie. C’est l’avenir qui donnera la réponse.
De fait en 2009, 25.881 personnes vivent à Komló.
La loi des minorités de 1995 assure la Représentation Autogérée des Tsiganes, Grecs, Croates, Allemands, Ukrainiens.

C'est la vie communautaire des Allemands qui est la plus performante et la plus riche d’actions. Leur club fonctionne depuis 1984 et avec 70-80 participants. C’est le jumelage le plus ancien avec Nerckartenzlinggel. Les villes de Gebarzhofen, Leutkirch ont également accueilli de nombreux scolaires, contribuant à l’apprentissage et à l’usage de la langue. Ils ont construit des relations de travail vivantes et durables avec la ville et avec ses associations.

Les Tsiganes vivent depuis des siècles dans notre pays. Leur mode de vie particulier est le produit de leur organisation selon un droit coutumier. Ils ont souvent dû s’adapter, exploiter des opportunités, et de nos jours, ils en sont toujours capables. La plupart d’entre eux sont arrivés dans les années 50-60 dans l'espoir de trouver un emploi. Jusqu'à la première moitié du siècle passé tous les villageois connaissaient le nom des Tsiganes du lieu (le couple Tera et Béla était légendaire), on savait à qui on pouvait confier tels ou tels travaux (la coupe du bois, petits travaux ménagers, etc.) ensuite des Tsiganes considérés comme étrangers ont afflué en grand nombre dans la ville. Il y avait 7 campements de Tsiganes dans la proximité immédiate de la ville, et même dans l’un d'eux, une l’école primaire et une école maternelle. Les hommes travaillaient à la mine, sur les chantiers de constructions et le nettoyage urbain. La dislocation des communautés s’est accentuée avec la suppression des campements, en les installant dans la ville. Leur attachement à leur mode de vie ancestral a provoqué du ressentiment et de l’intolérance autour d'eux. Ceux qui ont fait des études secondaires (leur nombre s'est accru) s’attachent autant à leur identité de Tsiganes. Les programmes organisés par la fondation « Feu Intérieur » sont riches et remarquables. Leur organisation de Minorité Autogérée leur assure dans leur maison communautaire un service de clientèle, d'assistance juridique, d'assistance scolaire, de recherche d’emploi. En raison de leur faible niveau d'instruction et de compétence utilisable sur le marché du travail, le chômage est de 70% dans cette communauté.

Il existe peu de données concernant les autres minorités.

Les ancêtres des Croates se sont réfugiés chez nous fuyant les Turcs. Au siècle dernier c’était le travail des mines qui les attirait, et dans les années 90 c’est la fuite face à la guerre des Slaves du sud qui les a fait venir. Avec le soutien du Consulat général croate de Pécs, ils ont établi un jumelage avec Valpavö.

La plupart des Grecs sont arrivés en Hongrie en tant que réfugiés politiques en 1947-48. Leurs enfants se sont installés à Komló au début des années 80. C’est par leurs noms que l’on les identifie.

Les Ukrainiens se sont installés par mariages ou par rattachement familial dans les années
60. À la suite de la fermeture des mines, ils sont repartis dans leur pays.

Les Slovènes s’occupant principalement d’agriculture et des exploitations forestières dans les années 60 avaient 40 familles, à ce jour on en compte seulement 14. La situation des Slaves
du sud s’améliorant, ils sont rentrés en Slovénie, ou se sont installés dans les régions frontalières.
Les Bulgares sont les moins nombreux, c’est entre eux-mêmes qu’ils cultivent leurs traditions.

Toutes ces communautés cultivent leurs langues maternelles, leurs coutumes et traditions. Elles ne subissent pas d'entrave à cela. Nous leur sommes redevables de la sauvegarde de la multiplicité de leurs activités colorées.

Moi-même j’ai passé une grande partie de ma vie adulte dans cette ville, à ce jour j’y travaille. Je n’affirme pas que toujours, tout le monde a aimé et respecté « l’autre ». Mais je n’ai jamais constaté d’atrocités violentes envers des minorités. Mon expérience, c'est qu'en acceptant l'altérité, l'homme au quotidien n'a jamais eu et n'a pas de problème, tant qu'il rencontre l'autre en tant qu'être humain, le jugeant sur l'échelle de valeur des compétences, en tant que semblable responsable, indépendamment de qui appartient à quelle nation. Le véritable « crochet à venin » du développement du sentiment hostile à l'égard des minorités nationales est l'intérêt, le goût du pouvoir, une politique politicienne égoïste, inconsidérée et irréfléchie. Seuls les peuples disposant d'une connaissance de soi nationale sont capables de résister aux idées excitant la haine et en gardant leur identité nationale soit s'intégrer ou s'assimiler aux nations qui leur offre une patrie, comme Adolf Jánosi Engel l'a fait aussi et comme notre roi Étienne le souhaitait. Le commandement « aimez-vous les uns les autres » doit primer tout, et l'excessive estime de soi nationale, et la fierté aussi, car après tout ce sont les mains réunies qui maintiennent, et peuvent maintenir un monde solidaire», particulièrement le monde du XXIe siècle qui danse sur le fil du rasoir.

Texte de Rozsa Jakab traduit par Anna Stein et Jean-Pierre Frommer

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