samedi 14 juin 2014

Vacances manquées par Flora

La grande « transhumance » des vacanciers approche. Pendant deux mois, les média, à court de sujets et d’envie, vont nous abreuver des interviews de quidams, cueillis au volant de leurs voitures, dans des bouchons ou sur des plages bondées, pour en soutirer invariablement les mêmes platitudes.
J’ai donc décidé de m’accorder une petite sortie égotiste, moi aussi.
Cet été, je ne retournerai pas en Hongrie. Depuis que j'ai quitté mon pays natal, en 1974, j’y ai effectué mon pèlerinage tous les ans, au moins une fois, parfois deux ou plus. Excepté deux années, chargées de graves problèmes de santé et de deuil.
Cette fois-ci, le motif est différent. Je serai occupée en grande partie de l'été - et je suis fatiguée. Je voudrais de vraies vacances, insouciantes, sans contraintes. Existent-elles?… Sans doute, pas encore cette année.
Ce n'est qu'une partie de la raison. Presque superficielle. L'autre est plus profonde, souterraine. Elle touche le sentiment intime de l'appartenance.
J'ai souvent disserté sur le sentiment d'être assis entre deux chaises, au risque de se retrouver par terre... A force de se sentir chez soi à plusieurs endroits, ne compromet-on pas la chance d'avoir un vrai “chez soi”, de ressentir un véritable enracinement qui n'est pas soumis à la première bourrasque venue?
Avec la mort de ma mère, il y a un an, le dernier fil m'attachant à la maison natale s'est rompu. La maison est toujours là, tous les vestiges du passé sont en place, immobiles, comme si de rien n'était. Seulement, ils sont vidés de leur essence. Sans âme. Tels les draps blancs désertés des revenants.
La blessure est encore trop vive pour que j’aie le courage de me heurter à mes fantômes à moi. Depuis longtemps, j'ai la sensation que les objets sont imprégnés de la présence des personnes qui les ont touchés, utilisés, y laissant les traces puissamment perceptibles de leur contact familier. Ces traces sont encore presque chaudes, exhalant juste la douleur de l'Absence. Elles attendent toujours d’être apprivoisées.
Rózsa Tatár

Rozsa Millet
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