samedi 16 janvier 2016

La force des symboles par Flora

Partout dans le monde, des foules en liesse fêtent l'avènement de la nouvelle année. Pourtant, ce jour est comme un autre. De plus, il n'est pas toujours tombé sur un 1er janvier. Sans compter que notre calendrier est relativement récent...
Depuis ma plus tendre enfance, j'ai le souvenir de la douce excitation qui régnait dans la maison: les préparatifs s'annonçaient par des effluves alléchants provenant de la cuisine et plusieurs sortes de gâteaux s'amoncelaient au frais. Dans le four en briques, confectionné par mon père, des choux farcis mitonnaient dans une grande marmite pendant des heures, tout doucement, pour être dégustés après minuit, avec une généreuse cuillerée de crème épaisse... 
La maison a été astiquée à fond car il convenait de recevoir l'hôte précieux qu'était la Nouvelle Année, avec tous les honneurs. Elle arrivait, fraîche, pleine d’énergie et de promesses, effaçant nos ardoises et nous offrant des chances nouvelles. Dehors, la plupart du temps, une épaisse couche de neige craquetait sous les pas, gommant la limite des trottoirs, comblant les caniveaux. Un ciel de plomb enveloppait la nuit, éclairée par la neige vierge.
Ce soir-là, les enfants avaient le droit de veiller, eux aussi. Les douze coups de minuit à la radio, plus tard à la télévision nous trouvaient debout, les mines en émoi, à écouter l'hymne national qui précédait les embrassades. Tout le monde était conscient de l'importance du moment, de ce rituel immuable qui nous soudait entre les membres d'une même nation, partageant le même destin, bon ou mauvais, sur cette terre qui nous a vus naître et qui devrait nous recevoir. “C'est ton berceau, et ce sera aussi ta sépulture / qui te nourrit et te recouvrira” dit Vörösmarty dans “Szózat” (Exhortation) et la beauté, la profondeur de ces vers nous plongeait dans l'émotion... Nous n'avons jamais éprouvé ce sentiment “national” comme hostile, dirigé contre quiconque... Seulement nous réunissant, solidaires.
Rozsa Tatar
Rozsa Millet
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