mercredi 1 janvier 2014

RÉJOUISSONS-NOUS ! par Adam Biro

Afin de ne pas succomber à la tristesse qui suit les grandes réjouissances… Halte : ce n’est pas ce que dit mon poète polonais préféré, Guillaume Apollinaire, pour qui « la joie venait toujours après la peine… », ce qui laisserait supposer qu’il n’était pas très polonais, et peut-être même pas d’Europe centrale, allez savoir... Je recommence : la grande fête œcuménico-gastronomico-financière est derrière nous et de grandes festivités politiques nous attendent, je parle du réveillon du Nouvel An et des différentes réjouissances électorales. Assez importantes en France ; capitale en Hongrie (l’occasion de faire tomber un régime honteux, car s’il ne tombe pas, on peut se demander s’il y aura encore des élections). Je vous offre donc, comme il y a un an, trois blagues.
La première est très chrétienne.
Un homme cherche à se garer désespérément. (Rien n'est moins chrétien que le désespoir…) Pas de place libre ; même les places interdites sont occupées.
Notre homme est très pressé. Il a un rendez-vous superimportant à midi, et il est midi moins cinq. Il tourne autour du pâté de maison, il serait prêt à se garer même sur le trottoir. (Ici, une réflexion s’imposerait sur Calvin, le libre arbitre, la grâce suffisante et la grâce efficace…)
Seigneur, aide-moi. J’irai à la messe tous les dimanches, c’est promis. Trouve-moi une place, fais partir quelqu’un (ce n’est pas très chrétien non plus, mais passons…), je t’en supplie.
Il roule lentement, accompagné d’un concert de klaxons — il n’en a cure (pas chrétien du tout).
Je ferai un don au Secours catholique. Un don important. Et un autre au CCFD. Mon Dieu, accorde-moi une place de parking. Je ne te demande pas grand’chose.
Rien. Le temps passe. Il est midi.
Je ferai une retraite chez les trappistes. Dans le silence. En priant toute la journée. C’est mon rendez-vous de l’année, si je le rate… Je n’ai pas à t’expliquer, tu le sais, puisque tu sais tout. Conduis-moi à une place libre, je t’en supplie, et je…
En ce moment, tout d’un coup, notre homme aperçoit un emplacement qui vient de se libérer et il s’y gare immédiatement.
Ça va, laisse tomber.— Et il regarde vers le haut, un peu de biais. —Je me suis débrouillé tout seul.

*

La deuxième et une blague juive.
Deux hommes se rencontrent dans la voiture-bar d’un train français. Ici, nous sommes loin de la fête gastronomique. Nous sommes dans l’épaisseur de la malbouffe honteuse. Laissez-moi rêver des wagons-restaurants du passé. Avec nappe, vase de fleurs au milieu de la table, quotidiens à votre disposition, jolie voyageuse en face de vous. Par hasard. Les genoux se touchent. « Oh ! Excusez-moi ! ». Et les mets sont succulents. « Pas de congelés ! » m’a dit un jour fièrement le garçon. « Tout est frais et fait à la demande.» Avec un cuisinier de métier, un garçon à votre service et un autre pour encaisser, ces wagons-restaurants ne pouvaient évidemment pas être rentables. La SNCF, comme les maternelles, le Collège de France ou les prisons, doit gagner de l’argent, dégager des marges. Depuis belle lurette, elle a remplacé les wagons-restaurants à nappe blanche, vase au milieu de la table, mystérieuses voyageuses et repas délicieux par des voitures-bars déprimants, au design ringard, qui vous proposent des sandwichs-éponges, des hot-dogs micro-ondes et des mini-bouteilles de bordeaux congelées… et comme voisins de comptoir des managers pas mystérieux, quoi, des managers ; tout est dit.
Passons.
Le premier homme, élégant, avantageux, s’écrie en voyant l’autre :
Lévy ! Ça fait un…
L’autre l’interrompt, essaie de l’interrompre :
Mais je…
Laisse-moi au moins finir ma phrase s’il te plaît. Ça fait un bail que je ne t’ai pas vu, alors…. Comment vas-tu ? Je te trouve changé. Qu’as-tu fait de tes beaux cheveux ? Tu es devenu presque chauve. Et c’est quoi, ces lunettes épaisses ? Tu n’as jamais porté de lunettes mon cher Lévy, que je sache ! Mais comme tu as changé !
Mais…- dit l’autre homme.
Et on dirait que tu as rapetissé. Tu étais un bel homme, presque athlétique, et là, tu te tiens mal, courbé, le ventre en avant… Et même ta voix… je ne comprends pas, tu as vraiment changé…
Mais enfin, Monsieur, je ne m’appelle pas Lévy !— réussit enfin à placer un mot le pauvre homme ainsi agressé.
Ah, parce que tu as aussi changé ton nom ?

*
Et enfin une blague sans confession. Une que tout le monde pourrait endosser. Surtout en Europe de l’Est. Ou centrale, si vous préférez. C’est de là que je l’ai importée.
C’est l’histoire préférée d’un de mes amis, qui ne vient pourtant pas d’Europe de l’Est. Il se reconnaîtra. Et comme il est né un 1er janvier, je la lui offre en cadeau, en lui souhaitant bon anniversaire.
Deux hommes se rencontrent dans la rue. À Prague, disons. Ou à Budapest. Le premier, élégant, avantageux, en croisant l’autre, s’écrie :
Tiens, Dupontovitch ! Ça fait un bail qu’on ne s’est pas vus ! Écoute, là, je suis très pressé, on se verra plus longuement un de ces jours, on s’appelle, mais dis-moi en un mot, comment tu vas ?
Bien— répond Dupontovitch.
C’est un peu court, dis-moi quand même deux mots, je ne suis pas pressé à ce point, nous ne nous sommes pas vus depuis une éternité…
Pas bien.

Et je termine avec les mêmes mots qu’il y a un an : Vous me direz, cette histoire pourrait se passer à Paris, à New York. Si je la situe en Europe de l’Est, c’est à cause de l’accent.

Je vous souhaite une excellente année 2014 !

adam biro
janvier 2014
biroadam4(AT)gmail.com

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