dimanche 7 février 2016

Le temps des asiles Exposition 11 mars - 21 mai 2016 Institut hongrois

Institut hongrois 92, rue Bonaparte 75006 Paris
Informations : accueil@instituthongrois.fr
+33 1 43 26 06 44
Vernissage le 10 mars à 19h 


Plongeur dans l’aquarium et gendarme au grand chapeau, 1935-37, encre et lavis d’encre sur papier

L’exposition propose une sélection d’œuvres et de documents provenant de la collection d’art psychiatrique de l’Académie hongroise des sciences. Conçue dans le souci de respecter l’historique de la collection, celle-ci nous plonge dans ces lieux de thérapie, si longtemps actifs et pourtant isolés sur le plan socio-culturel, qu’étaient jadis les asiles d’aliénés hongrois.
La Clinique neuropsychiatrique de Budapest, construite en 1908 après une longue période de travaux préparatoires avait pour mission principale, outre la médecine, la recherche et l’enseignement ; les soins qu’il fallait souvent prodiguer aux aliénés toute leur vie durant incombaient donc aux médecins des asiles. Fondés plus tardivement que leurs équivalents européens (Nagyszeben en 1865 en Transylvanie, Lipótmező à Buda en 1868, Angyalföld dans les faubourgs de la capitale en 1884, Nagykálló, un département de Lipótmező, dans les années 1880), les asiles hongrois ont été rapidement surpeuplés ; ce sont les psychiatres de ces établissements qui ont dû affronter les difficultés de « la chose psychiatrique » intimement liée aux questions sociales. Dans ce cadre institutionnel obsolète évoluaient des médecins, avides de réformes, prêts à effectuer des voyages d’étude en Europe sur leurs propres deniers. Riches de l’expérience qu’ils acquéraient au travers de ces voyages, ils revenaient motivés par le désir de créer des ponts entre l’univers marginalisé, stigmatisé, des asiles et le monde extérieur ; dès lors, poussés par cet idéal d’une « psychiatrie de la vie », ces médecins s’attachaient à présenter les œuvres réalisées par les patients des asiles sous l’angle non seulement de leur importance dans le diagnostic clinique, mais aussi de leur valeur esthétique.
Le premier et unique musée psychiatrique de Hongrie a ouvert ses portes en 1931 dans l’asile d’Angyalföld, l’établissement suscitant la plus d’aversion dans l’imaginaire collectif de la capitale. Dans la collection qui ne manque pas d’évoquer l’univers des cabinets de curiosités, les œuvres visuelles et textuelles créées par les patients jouaient un rôle aussi important que les objets anatomiques et anthropologiques. Outre les dessins, peintures, œuvres à base de mie de pain, maquettes en papier, broderies, poèmes ou encore armes bricolées et confisquées, les psychiatres avaient élargi la collection à « l’auto-documentation de la discipline », faisant de celle-ci une particularité locale unique en son genre. La collection, inscrite sur la liste nationale des musées, a ainsi été enrichie de bibliographies psychiatriques et d’histoire de la médecine, de revues de presse réunies dans des albums (des nouvelles psychiatriques tirées de chroniques jusqu’aux récits de faits divers, de la folie amoureuse à l’eugénisme). Des essais prônant la réforme du système, des sources visuelles portant sur certains sujets de recherche (corrélation entre images publicitaires et phénomènes de suggestion de masse), des clichés photographiques illustrant ces recherches (tableaux de photos), ainsi que des albums-photos montrant la vie quotidienne dans les asiles lui ont également été adjoints. À la suite d’un changement de directeur, la collection d’Angyalföld sera transférée à Lipótmező, en 1936. Le cabinet de curiosités qui sera enrichi de pièces ajoutées par les médecins de Lipótmező à la fin des années 1930 n’est pas compatible avec le projet de modernisation souhaité par le nouveau directeur de l’asile d’Angyalföld. La collection subit des pertes importantes pendant la Seconde Guerre mondiale et n’est répertoriée de nouveau qu’à la fin des années 1950. En dépit de ses modestes ressources, la collection continue de se développer, selon des priorités changeantes mais sur des bases théoriques plus progressistes, jusqu’à la fermeture de Lipótmező, en 2007.
La pièce la plus ancienne de la collection date de 1901, la plus récente de 2006. La collection d’art psychiatrique qui entre en possession de l’Académie hongroise des sciences (Institut d’art, Centre de recherche en lettres) en 2008, conserve des objets matériels évoquant l’histoire des hôpitaux psychiatriques au 20ème siècle marquée par une solide tradition asilaire. La sélection effectuée pour notre exposition parisienne reflète bien le caractère ambigu des « Maisons jaunes » hongroises : ces établissements dirigés par des psychiatres paternalistes, à la fois protecteurs et sévères, représentaient un refuge pour beaucoup de patients. Entourés de craintes et de préjugés, les asiles d’aliénés constituaient parfois et d’une façon paradoxale, des îlots d’humanité par rapport à l’oppression politique qui régnait sur le monde extérieur. Tandis que les représentations de moyens de transport (bateaux, trains, zeppelins, vaisseaux spatiaux), récurrents dans l’univers pictural des patients de long séjour, traduisent un désir d’évasion, de fuite, les nombreux portraits peints ou dessinés rendent hommage à certains membres de cette communauté, patients, médecins et autres employés. La collection contient également des images et objets fantaisistes exécutés avec une minutie maniaque et qui traduisent le repli des patients sur leur univers intérieur, ainsi que des témoignages visuels qui reflètent les bouleversements, les traumatismes de l’hospitalisation, et les luttes acharnées de « l’âme enfermée dans le corps ».
Entrée libre

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