"Le nom de Catherine de Karolyi est attaché à une maison de haute couture française, Hermès, pour qui elle a créé la première ligne de prêt-à-porter en 1967. Elle a fui la Hongrie soviétique après le siège de Budapest au bras de son premier mari, laissant derrière elle ses rêves de vie de château et son rang d’aristocrate. Michka Assayas est né de son deuxième mariage : il publie «Une mère en fuite» chez Grasset." A écouter (48:29) sur rfi.fr
« Ma mère a toujours été un mystère. Sa vie, sa façon d’être, son
histoire. D’origine hongroise, mariée en premières noces à un grand
aristocrate de son pays, réfugiée en France après la Seconde Guerre
Mondiale, naturalisée après son remariage avec mon père, elle m’a
toujours donné l’impression que l’essentiel de sa vie s’était déroulé
avant ma naissance. La suite m’a toujours semblé à distance de mon
enfance et de ma jeunesse.
J’habitais dans un hameau de la vallée de
Chevreuse avec mon père. Ma mère, elle, vivait à Paris. Elle venait
régulièrement nous rendre visite. Je savais peu de chose de la vie
qu’elle menait. Dessinatrice de mode, créatrice de la première
collection de prêt-à-porter pour la maison Hermès, elle a été pour moi
un personnage insaisissable à la présence intermittente. Capable d’une
vraie tendresse comme d’une grande froideur, elle m’a transmis le goût
de la féérie et du merveilleux. Une exigence terrible. Et de nombreuses
fragilités aussi.
J’ai tenté de relier tous les fils qui m’ont
attaché à elle, en particulier celui d’une sensualité aussi intense que
réprimée, dont les sources viennent sans doute en partie du
protestantisme calviniste dont elle était l’héritière. Le regard qui est
le mien est celui d’un enfant à la fois déconcerté et émerveillé. La
découverte tardive de son journal intime, dans laquelle elle a fait le
récit d’une grande passion malheureuse pour André Malraux, m’a permis de
mieux comprendre ses zones d’ombre. Ma mère aura a été avant tout une
grande amoureuse d’un autre temps, rêveuse, romanesque, assez seule, et
vers qui aujourd’hui encore, et par les mots, j’essaie de tendre la
main. »
Source : grasset.fr

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