vendredi 2 janvier 2026

«Une mère en fuite» : Michka Assayas en quête d'une insaisissable figure maternelle


"Le nom de Catherine de Karolyi est attaché à une maison de haute couture française, Hermès, pour qui elle a créé la première ligne de prêt-à-porter en 1967. Elle a fui la Hongrie soviétique après le siège de Budapest au bras de son premier mari, laissant derrière elle ses rêves de vie de château et son rang d’aristocrate. Michka Assayas est né de son deuxième mariage : il publie «Une mère en fuite» chez Grasset." A écouter (48:29) sur rfi.fr

«  Ma mère a toujours été un mystère. Sa vie, sa façon d’être, son histoire. D’origine hongroise, mariée en premières noces à un grand aristocrate de son pays, réfugiée en France après la Seconde Guerre Mondiale, naturalisée après son remariage avec mon père, elle m’a toujours donné l’impression que l’essentiel de sa vie s’était déroulé avant ma naissance. La suite m’a toujours semblé à distance de mon enfance et de ma jeunesse.
J’habitais dans un hameau de la vallée de Chevreuse avec mon père. Ma mère, elle, vivait à Paris. Elle venait régulièrement nous rendre visite. Je savais peu de chose de la vie qu’elle menait. Dessinatrice de mode, créatrice de la première collection de prêt-à-porter pour la maison Hermès, elle a été pour moi un personnage insaisissable à la présence  intermittente. Capable d’une vraie tendresse comme d’une grande froideur, elle m’a transmis le goût de la féérie et du merveilleux. Une exigence terrible. Et de nombreuses fragilités aussi. 
J’ai tenté de relier tous les fils qui m’ont attaché à elle, en particulier celui d’une sensualité aussi intense que réprimée, dont les sources viennent sans doute en partie du protestantisme calviniste dont elle était l’héritière. Le regard qui est le mien est celui d’un enfant à la fois déconcerté  et émerveillé. La découverte tardive de son journal intime, dans laquelle elle a fait le récit d’une grande passion malheureuse pour André Malraux, m’a permis de mieux comprendre ses zones d’ombre. Ma mère aura a été avant tout une grande amoureuse d’un autre temps, rêveuse, romanesque, assez seule, et vers qui aujourd’hui encore, et par les mots, j’essaie de tendre la main.  »
Source : grasset.fr 

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