samedi 1 octobre 2016

Mise au point sur le référendum hongrois du 2 octobre (à propos d’une série d’articles du Monde)

Communiqué de l'Ambassade de Hongrie en France
Les deux pages entières consacrées le Monde daté du samedi 1er octobre au référendum hongrois sur la politique de relocalisation obligatoire des réfugiés montre paradoxalement l’importance attachée – subconsciemment – par le grand journal du soir à un événement que chacun s’efforce pourtant de présenter comme dépourvu de signification.
En revanche, l’approche de la politique hongroise dans ce domaine par le Monde reste pour moi une énigme. Tout se passe en effet comme si – tout aussi subconsciemment – le journal se refusait à prendre en compte certaines réalités qu’il ne peut pourtant pas ignorer mais qui bien évidemment ne s’insèrent pas dans sa vision. C’est bien là le problème : enfermés dans nos « visions », nous nous refusons maladivement à regarder la réalité en face.
L’on ne compte plus le nombre de fois où le gouvernement hongrois et ses représentants ont souligné à qui voulait l’entendre que ce référendum ne concerne PAS le système des quotas obligatoires adopté le 22 septembre 2015 à la majorité qualifiée par le conseil des ministres de l’Intérieur et de la Justice. Malgré cela, Blaise Gauquelin persiste à écrire que « Viktor Orbán demande à ses compatriotes de s’opposer dimanche 2 octobre à la relocalisation des 1300 réfugiés » concernés par cette décision. Peut-être serions-nous mieux compris si nous parlions pirésien. Certes, la Hongrie s’oppose à cette décision, mais c’est à la Cour de Justice de l’Union européenne qu’elle en a demandé l’annulation. Ce n’est donc PAS là-dessus que porte le référendum, mais sur l’avenir. Il vise à se prémunir contre toute VELLEITE FUTURE de la Commission de poursuivre sur la voie des relocalisations obligatoires, que nous estimons attentatoires à la souveraineté des Etats, du nôtre comme des autres. Ce n’est pas avec les réfugiés que nous avons un problème, mais avec le caractère contraignant que la Commission s’obstine à vouloir attacher à leur relocalisation. Le 22 septembre de l’année dernière, la Hongrie et quelques autres pays ont été floués par les manigances de la Commission et du Parlement européen qui ont subrepticement transformé de « volontaire » en « obligatoire » le mandat pourtant clair reçu du Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement en juin précédent et qui mandatait la Commission pour élaborer un système de répartition sur base VOLONTAIRE. Le 22 septembre, nous avons été mis devant le fait accompli par la présidence luxembourgeoise. C’est cela que nous n’avons pas admis. Le contrat de confiance entre les institutions communautaires et les Etats-membres en a pris un coup. Ce n’est pas ainsi que nous imaginions le fonctionnement de l’Union quand nous y avons adhéré en 2004. Chat échaudé craint l’eau froide, et c’est pour nous prémunir contre toute nouvelle surprise de cette nature que nous souhaitons qu’il soit bien clair que le gouvernement hongrois bénéficie sur ce point du soutien massif de son électorat. Les arguties juridiques sur la validité ou la non validité du référendum n’ont pas ici de pertinence, c’est un message POLITIQUE que nous voulons envoyer. C’est cela, et rien d’autre, le sens du référendum.
L’article signé de Jean-Baptiste Chastand, gentiment intitulé « Scènes de chasse aux migrants à la frontière serbo-hongroise » (que fait donc la police française dans la Vallée de la Roya ?), mérite aussi quelques commentaires. Tout se passe comme si les migrants avaient tous les droits, qu’ils sont autorisés à faire fi de toutes les règles des pays dans lesquels ils pénètrent, et que ceux qui ont le toupet de les rappeler à l’ordre ne méritent que la réprobation publique. Le Monde aurait-il été infiltré par les No Borders ? En tout cas, ceux qui le suivent dans cette voie feraient bien de méditer le principe de droit romain, repris dans les droits de pratiquement tous les pays d’Europe : « nemo auditur propriam turpitudinem allegans ». J’aimerais tout de même que l’on m’explique pour quelle raison ces migrants choisissent systématiquement le passage illégal, alors que des points d’entrée officiels leur sont réservés tout au long de la frontière. La communauté internationale ne cesse d’appeler de ses vœux la légalisation du flux migratoire (n’est-ce pas le but de l’accord UE-Turquie ?) pour faire échec au marché des passeurs et assurer la sécurité des migrants eux-mêmes. La Hongrie offre, à son modeste niveau, les moyens de cette légalisation. Il y a d’abord les postes-frontière normaux, qui bien entendu sont toujours restés, et restent toujours ouverts. Et puis il y a aussi les deux points de passage dédiés, évoqués dans l’article, qui ne laissent passer chacun « que » (sic) 15 migrants par jour. Ce qui est dédaigneusement qualifié de « rare petite tolérance » représente tout de même près de 1000 entrées par mois. En deux mois et demi, la Hongrie laisse entrer légalement autant de migrants que la France a accepté de « relocalisations » sur une année entière. Il est quand même incroyable de voir que l’on se plaît à dénigrer les procédures de passage légal et qu’on l’on considère le passage illégal comme le seul méritant attention et sollicitude. C’est le monde à l’envers. De plus, les autorités hongroises ont bien pris soin – comme le reconnaît d’ailleurs l’article – de « spécialiser » ces deux points de passage : Tompa pour les Syriens et les Irakiens, et Röszke pour les Afghans et les autres, afin d’éviter les heurts trop fréquents entre ces deux groupes de communautés. Quant à « Mohamed », il pourra organiser tous les trafics qu’il voudra, il n’empêchera pas les autorités hongroises d’accorder la priorité, dans les points de passage, aux mineurs non accompagnés, aux femmes avec enfants en bas âge et aux catégories les plus fragiles en général. Si les autres persistent à vouloir passer clandestinement, nous n’y pouvons rien, sinon les appréhender et les reconduire à la frontière. Les ONG qui ameutent la bonne conscience internationale sur ce point sont hélas mal informées. Il est en effet faux de dire que les personnes appréhendées sont « renvoyées en Serbie » et d’en tirer toutes sortes de conclusions de droit international, car la clôture est située plusieurs mètres A L’INTERIEUR du territoire hongrois. Dans la procédure de « reconduite à la frontière », les appréhendés sont reconduits à la clôture, en général sans manifester de résistance particulière (toutes les procédures de reconduite sont filmées et documentées), et sont invités à « sortir » par des portes ménagées à cet effet. Une fois « sortis », ils se trouvent encore en territoire hongrois (donc PAS en Serbie), et ils sont invités à longer la clôture pour se diriger vers l’un ou l’autre des points de passage officiels où ils pourront prendre rang pour entrer légalement. S’ils ne souhaitent pas le faire, ils peuvent effectivement, sous leur propre responsabilité, retourner en territoire serbe. Il n’existe pas de droit acquis au franchissement illégal de la frontière.
L’encadré indique que « le gouvernement Orbán oppose une fin de non-recevoir aux pays européens qui le rappellent à ses engagements » (reprendre les demandeurs d’asile enregistrés pour la première fois sur son territoire, en vertu des accords de Dublin). C’est faux : le gouvernement hongrois a toujours dit et répété qu’il reprendra tous les réfugiés qui ont effectivement franchi pour la première fois la frontière de l’Europe en entrant en Hongrie. C’est le cas par exemple des Kosovars ou des Albanais, qui sont en effet nombreux dans plusieurs pays d’Europe occidentale et que ceux-ci souhaitent expulser. En revanche, les réfugiés venus du Moyen-Orient – à moins d’être parachutés en Serbie pour se présenter ensuite à la frontière hongroise – ont franchi pour la première fois les frontières de l’Europe quand ils sont entrés en GRECE, c’est une évidence géographique. C’est donc à la Grèce de les reprendre, et le fait d’avoir négligé de les enregistrer en 2015 ne peut être une excuse. Se référer, comme le fait le Monde, au fait « qu’Athènes est dispensé de facto de cette contrainte parce que la justice européenne a estimé avant même la crise migratoire de 2015 qu’elle ne garantissait pas les droits des demandeurs d’asile » est tragi-comique eu égard à l’héroïque implication de la Grèce, en collaboration avec l’Union, dans la gestion actuelle du flux migratoire.
Un « nouveau coup porté à l’unité de l’Union » ? Encore faudrait-il que cette unité se manifeste quelque part : ce n’est certes pas le cas pour le système de répartition obligatoire, auquel tout le monde s’est engagé mais que personne ne réalise : le chiffre de 4000 relocalisations sur 160000 (2,5% de l’objectif) à mi-parcours des deux ans en dit long sur l’empressement de ceux-là même qui ont mis la Hongrie en minorité le 22 septembre de l’année dernière et qui continuent de lui donner des leçons de solidarité. Les affiches de la campagne gouvernementale en faveur du « non » au référendum reposent hélas sur des faits avérés. Ces constats ne font plaisir à personne, aux Hongrois pas plus qu’aux Français ou aux autres, mais les faits sont têtus. Il ne sert à rien de s’indigner en faisant comme s’ils n’existaient pas. Ce n’est pas à « l’unité de l’Union » qu’un coup est porté, mais à l’incroyable entêtement de la Commission dans une politique qui est non seulement absurde, mais irréalisable.
Et puis, l’on ne cesse de nous dire que l’Union doit sortir de sa tour d’ivoire, et se rapprocher de ses citoyens. Nous sommes bien d’accord. Le 2 octobre, les citoyens hongrois auront (ont eu) l’occasion de donner leur avis sur l’un des problèmes les plus graves que l’Union ait à connaître depuis les 60 ans de son existence. Puisse cette voix être entendue !
Un dernier point : la démocratie se définit comme le gouvernement de la majorité dans un cadre permettant l’alternance. Ce qu’une majorité a fait, une autre doit pouvoir le défaire. C’est dans cet esprit que le gouvernement hongrois a rédigé la question posée aux électeurs : nous ne souhaitons pas faire dire que nous fermons définitivement la porte à toute relocalisation, même sur base obligatoire, nous souhaitons simplement faire dire qu’elle doit être soumise à l’accord du Parlement. Compte tenu des prévisions apocalyptiques faites par tous les observateurs sur la poursuite et l’amplification du phénomène migratoire sur les années et les décennies à venir, le sujet, qui porte sur la composition de toute une société – de NOS sociétés – est trop grave pour être imposé de l’extérieur. L’on a assez reproché à l’Europe d’avoir été imprévoyante dans l’appréciation du risque de la migration. Il n’est donc pas mauvais – pour une fois – de prendre les devants. Et dans ce domaine, c’est le respect de la diversité des Etats composant l’Union qui fera la force de l’Europe. Attiser la condamnation de cette bien légitime diversité ne fera que sa faiblesse. Aucun traité, aucune convention européenne ne mandate quiconque pour imposer à un Etat-membre qui il doit admettre sur son territoire et qui non. L’absorption de la migration ne peut se faire que sur une base volontaire, contrôlée et progressive. Tant que ce n’est pas le cas, tous les éléments d’une explosion seront réunis. C’est la position actuelle du gouvernement hongrois. Cela dit, rien n’interdit, demain, à une majorité parlementaire différente d’adopter une attitude opposée. La démocratie, c’est aussi cela.
Alors non, « Orbán ne dresse pas la Hongrie contre l’UE ». L’UE, c’est nous, ce n’est pas la Commission. Le titre correct serait plutôt : « Orbán essaie désespérément de faire prendre conscience à l’UE de son propre intérêt ».
Je regrette d’avoir été un peu long, mais comme le Monde a pour règle déontologique de ne pas publier de tribunes d’ambassadeurs, et n’interroge pas non plus les représentants des pays objet de sa sollicitude pour composer ses papiers, nous sommes bien obligés, face à deux pages entières de journal, de nous débrouiller par nos propres moyens.
Le Monde.fr

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