"Selon les reportages de l’époque, Simon Perris (également connu sous le nom d’Ali Mahmud) serait né au Congo ou au Sénégal et serait arrivé en Hongrie alors qu’il était encore enfant. Il a d’abord été au service d’un Turc qui vivait à Budapest.
Après la mort de son maître, il a travaillé comme portier dans un cinéma à Nagyvárad (aujourd’hui Oradea) et parlait couramment le hongrois. On raconte qu’il maîtrisait particulièrement bien les insultes colorées.
Bien qu’il ait été une curiosité dans la Hongrie du début du XXe siècle, il semble avoir été très apprécié en ville pour son bon caractère et son sens de l’humour. Il était également très patriote et fier de la Hongrie.
Ali Mahmud a demandé à rejoindre l’armée austro-hongroise, mais a été refusé car il était de nationalité étrangère. Il n’a cependant pas abandonné. Il a multiplié les demandes, allant même jusqu’à s’adresser au ministre de la Défense.
Selon un article de presse de l’époque, il aurait déclaré : « J’ai très honte d’être hongrois et de devoir rester à la maison pendant que les autres se battent. Je veux combattre pour ma patrie. »
Finalement, il a été accepté dans l’armée et a combattu sur le front russe en 1915, où il a reçu plusieurs décorations militaires et a été promu caporal.
C’est à cette période que cette photo a fait la une de plusieurs journaux. On y lisait : « Un homme au visage complètement noir se promène dans les rues de Budapest en uniforme militaire hongrois ». Il était décrit comme un szerecsen (Sarrasin).
Si le terme szerecsen vient de « Sarrasin », il désignait les personnes noires, même si son usage s’est perdu avec le temps.
Les Sarrasins désignaient souvent les soldats arabes et turcs de la Méditerranée orientale. Le terme était employé pendant et après les Croisades et comportait une certaine forme de respect. On les considérait comme des ennemis, mais aussi comme des soldats compétents.
Lorsqu’un officier lui a demandé pourquoi il voulait devenir soldat, Ali Mahmud a répondu : « Parce que je veux mériter une Hongroise ! »
Malheureusement, on ne trouve plus de traces de lui par la suite : on ignore s’il a survécu à la guerre ou s’il s’est marié. Espérons qu’il ait trouvé une Hongroise et qu’il ait vécu une vie heureuse.
Cette photo a été prise pendant la Grande Guerre. L’Empire austro-hongrois était peut-être le seul empire européen de l’époque à ne pas être construit autour du nationalisme, mais autour d’un certain universalisme.
L’Empire était composé et reconnaissait plus d’une douzaine d’ethnies distinctes, qui parlaient des langues différentes, suivaient des traditions variées et avaient des histoires propres.
Le seul élément qui unissait l’Empire était le fait que tous ces peuples étaient les sujets de l’Empereur, quelle que soit leur origine ethnique.
C’était un gros problème pendant la guerre qu’avait si imprudemment déclenchée l’Autriche-Hongrie, car les troupes n’avaient souvent pas vraiment envie de se battre, surtout dans un conflit lancé pour venger la mort de l’archiduc François-Ferdinand, que personne – pas même l’Empereur – n’appréciait vraiment.
Les troupes slaves, en particulier, n’avaient guère envie de combattre d’autres Slaves.
On peut spéculer, mais il semble très probable que cette photo ait été un outil de propagande utile, montrant que même quelqu’un venant d’un pays aussi lointain pouvait s’identifier comme Hongrois.
Même des personnes comme lui étaient prêtes à combattre pour leur pays et y étaient autorisées, ce qui illustrait l’unité dont le pays manquait cruellement.
(Crédit photo : Titusz Várkonyi)
Source : rarehistoricalphotos.com (trad. IA)