"La rhétorique de Magyar n’opère qu’un infléchissement des positions traditionnelles d’Orbán.
Dans les capitales européennes, les résultats des élections hongroises du 12 avril sont déjà interprétés comme la fin d’un cycle politique : la défaite du Fidesz de Viktor Orbán face au Tisza de Péter Magyar annoncerait le reflux du nationalisme populiste qui a marqué la politique hongroise des 16 dernières années. Le récit est séduisant sur le Vieux Continent. Il permet effectivement de croire que Budapest pourrait cesser d’être une source d’irritation persistante dans l’Europe des 27.
Une lecture plus attentive du programme et de la rhétorique de Péter Magyar invite toutefois à nuancer ce diagnostic. Le scrutin du 12 avril signale moins une transformation de la culture politique hongroise qu’un déplacement interne : la partition demeure sensiblement la même, seul l’interprète a changé. En effet, la centralité de la nation et de la souveraineté politique ainsi que la résistance à toute forme d’hétéronomie politique ne constituent pas une parenthèse ouverte par Orbán, mais le langage historique à travers lequel se négocie la légitimité politique en Hongrie depuis deux siècles.
Depuis l’éveil national du XIXᵉ siècle, la politique hongroise gravite autour d’une inquiétude persistante : assurer la continuité politique d’une petite nation condamnée à exister à l’ombre des grandes puissances qui l’entourent. Comme le remarquait l’historien István Bibó, le cadre national en Hongrie n’est jamais allé de soi. Soumis à la monarchie des Habsbourg de 1526 jusqu’à la fin de la Grande Guerre, puis placé sous la tutelle soviétique entre 1949 et 1989, ce cadre a toujours dû être conquis puis défendu sans relâche." La suite sur ledevoir.com


















