Un père et sa fille adulte s’élancent, depuis Genève, dans un
voyage mémoriel en Hongrie. C’est Sára qui est à l’initiative du projet.
Depuis longtemps, elle et ses sœurs demandent à leur père Abram, la
septantaine, de raconter ses jeunes années hongroises, avant l’exil en
Suisse en 1956. Il essaye et puis s’embrouille. Il estime, de plus, «que
les problèmes de l’actualité internationale sont beaucoup plus
importants». Sára insiste, lui pose des questions par mail. Le père
répond depuis Marseille où il vit à présent. «Il écrit parfois des
bribes, des récits fragmentés. On dirait les chutes disparates d’un
atelier de couture», constate la fille, devant son écran. Germe ainsi
chez elle l’idée de se rendre sur place, avec lui. Contre toute attente,
Abram finit par dire: «Entendu, nous irons.»
Ainsi débute En beaux caractères. Une vie hongroise,
de Dóra Kiss qui déploie d’emblée le charme et la mise à distance du
conte. Le «il était une fois» n’est pas formulé mais il est comme
susurré en permanence, à la façon d’un bourdon musical. Et c’est tout le
livre en fait qui se déploie comme une partition, avec des motifs
récurrents, des mouvements lents et puis des cavalcades à bride abattue." LA suite sur letemps.ch (article payant)