"Les élections législatives hongroises ont consacré, le 12 avril 2026, la défaite de Viktor Orbán, au pouvoir depuis seize ans. Dans cette note, Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, souligne qu’au-delà de la Hongrie, ce tournant politique aura des répercussions à la fois sur le fonctionnement de l’Union européenne et sur l’action globale du mouvement conservateur en Europe et aux États-Unis.
Les élections législatives hongroises ont consacré, le 12 avril 2026, la
victoire du parti conservateur pro-européen Tisza sur celui du Premier
ministre sortant Viktor Orbán, au pouvoir depuis seize ans sans
interruption. Il s’agit d’un événement de portée internationale, puisque
la défaite du Fidesz (Fidesz-Magyar Polgári Szövetség) et de son petit
allié catholique-conservateur le Parti populaire démocrate-chrétien
(Kereszténydemokrata Néppárt, KNDP) aura des répercussions à la fois sur
le fonctionnement de l’Union européenne et sur l’action globale du
mouvement conservateur en Europe, mais aussi aux États-Unis. Voici
quelques réflexions sur le résultat du vote et les perspectives
d’évolution de la Hongrie.
Le système électoral et institutionnel La victoire de Peter Magyar est d’autant plus indiscutable que,
depuis 2010, lorsqu’il a obtenu une majorité des deux tiers, les
gouvernements successifs dirigés par Orbán ont, en 2011 et 2024, changé
la loi électorale sans guère de consultation préalable et manifestement à
leur avantage. La taille de la chambre unique a été réduite et la part
des sièges alloués au suffrage universel direct par le vote de
circonscription a été augmentée. Cela n’est pas un problème en soi dans
le système mixte où les députés sont élus pour quatre ans dans un
scrutin à un seul tour, 106 d’entre eux l’étant dans des circonscriptions électorales et 93 autres au scrutin
proportionnel plurinominal de liste. Encore faut-il qu’il n’y ait pas
redécoupage des circonscriptions après chaque élection pour, en fonction
des résultats, redessiner la carte. Or, c’est précisément ce qui a été
fait, avec à chaque fois l’utilisation d’un argument, celui de
l’évolution démographique, qui cache très mal le souci de préserver les
circonscriptions favorables au Fidesz tout en réduisant le nombre de
celles, par exemple de Budapest, gouvernées par l’opposition des Verts,
des socialistes et du centre gauche. La question de la carte électorale
restera centrale, dans la mesure où les projections démographiques
annoncent une baisse de la population, qui, pour la première fois depuis
1952, est passée juste sous la barre des 9,5 millions en 2025, mais
devrait chuter encore, à la fois parce que les mesures natalistes
d’Orbán ont échoué et parce que l’émigration des Hongrois a atteint son
plus haut niveau depuis vingt-cinq ans." La suite sur jean-jaures.org