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dimanche 6 novembre 2022

Beaumont-Village : ils donnent des clés pour expliquer l’histoire de l’art aux enfants

 Adam Biro, historien de l’art. © (Photo Adam Biro)
"Adam Biro et Karine Douplitzky, habitants du Sud-Touraine et auteurs spécialisés dans l’histoire de l’art, viennent de publier un nouvel ouvrage. Ils seront en dédicace à Montrésor, samedi 12 novembre 2022.

Que raconter aux enfants, face à des œuvres ? C’est ce qu’Adam Biro et Karine Douplitzky avaient en tête quand ils se sont lancés ensemble, voilà trois ans environ, dans l’écriture de leur série Racontez l’art !.

Cette série s’adresse en priorité aux adultes (jeunes parents, grands-parents, enseignants…). « Vous aimez arpenter les musées mais vous aimeriez en faire profiter les jeunes », disent les auteurs. Ces livres sont pour vous, pourraient-ils ajouter. C’est justement leur pari : « Présenter d’une façon simple l’histoire de l’art mondial, raconter des histoires vivantes sur les artistes, afin qu’à votre tour vous puissiez les raconter aux enfants. » La suite sur lanouvellerepublique.fr (article payant)

jeudi 20 octobre 2022

Racontez l'art !. Art moderne. Des Fauves aux performeurs - Adam Biro, Karine Douplitzky


"Cette histoire de l'art originale, remplie d'anecdotes, peut se lire à la maison, à l'école comme au musée. Racontez l'art ! invite jeunes parents, grands-parents et enseignants à entrer dans la grande histoire de l'art par le petit bout de la lorgnette. Anecdotes et analyses sont centrées autour d'un artiste, d'un mouvement ou d'un événement, classés chronologiquement et géographiquement, exactement comme au musée. Une frise chronologique permet de situer les oeuvres dans un contexte historique et cinématographique, enfin une liste des oeuvres, classées par musée, permet d'organiser sa visite. Racontez l'art ! est l'ouvrage essentiel qu'il faut avoir en main pour transmettre aux plus jeunes le savoir, mais aussi le plaisir que procure la découverte des oeuvres. Ce deuxième volume de la série est consacré au XXe siècle et à l'art moderne, du fauvisme aux années 1970.
272 pages 29,90 €
" Source : actualitte.com

jeudi 13 octobre 2022

Littérature - L’art se raconte à L’Inclusive


"Samedi 15 octobre, un nouvel événement va avoir lieu à L’Inclusive, encore délocalisée au Jardin des Anges, à Ambert. En partenariat avec la libraire Tout un Monde, Marie-Ange Poyet, créatrice du lieu culturel apparu au printemps sur le territoire, recevra Adam Biro.

Grand éditeur d’art et auteur de nombreux ouvrages, Adam Biro viendra présenter le tome 2 de Racontez l’art ! , coécrit avec Karine Douplitzky, traitant de l’art moderne, et qui s’intitule Des Fauves aux performers . Si Adam Biro fait le déplacement jusqu’à Ambert, c’est qu’il connaît bien Marie-Ange Poyet : « Elle a fait un compte rendu de mon livre Les ancêtres d’Ulysse , retrace l’auteur. C’est comme ça qu’on s’est rencontré. On s’apprécie depuis longtemps. »" La suite sur lamontagne.fr

samedi 28 novembre 2020

Racontez l'Art ! De la Renaissance à l'Art nouveau, Adam Biro, Karine Douplitzky


Résumé:
Cette histoire de l’art originale, remplie d’anecdotes, peut se lire à la maison, à l’école comme au musée. Racontez l’art ! invite jeunes parents, grands-parents et enseignants à entrer dans la grande histoire de l’art par le petit bout de la lorgnette. Anecdotes et analyses sont centrées autour d’un artiste, d’un mouvement ou d’un événement, classés chronologiquement et géographiquement, exactement comme au musée.
Une frise chronologique permet de situer le contexte historique des œuvres et une liste des œuvres, classées par musée, permet d’organiser sa visite.
Racontez l’art ! est l’ouvrage essentiel qu’il faut avoir en main pour transmettre aux plus jeunes le savoir, mais aussi le plaisir que procure la découverte des œuvres.

Ce premier volume est consacré à l’art de la Renaissance à l’Art nouveau.

Dimensions:14,6 x 23,6 cm
288 pages
24,90 €

Flammarion

dimanche 2 juin 2019

Ils ont traversé le siècle et l’Europe

"Lui est né juif en Hongrie, elle protestante en Allemagne. Tous deux pendant la guerre. A Beaumont-Village, Karin et Adam Biro incarnent la force de l’humanisme, des lettres et de l’édition.
Karin et Adam Biro sont arrivés, en 2000, à Beaumont-Village, à « La Maison-Blanche », où ils vivent une partie de l’année. « Un juif hongrois, né en 1941 à Budapest en pleine déportation, a épousé une Prussienne protestante, exactement du même âge » : c’est en ces termes qu’Adam présente le couple qu’il forme avec Karin.
S’étant connus à Genève en 1963, mariés en 1968 et parents de deux filles, ils vivent ensemble depuis 56 ans. Tous les deux sont polyglottes. Adam, qui a la triple nationalité française, suisse et hongroise connaît six langues (hongrois, français, allemand, suisse, anglais, italien) et Karin, double nationalité allemande et suisse, en pratique quatre (allemand, français, anglais, italien).
En 1956, après l’écrasement, par les forces armées soviétiques, de l’insurrection hongroise d’octobre-novembre, Adam Biro a quitté son pays avec l’accord de ses parents pour suivre ses études à Paris puis à Genève. Il s’est spécialisé en lettres et en histoire de l’art." La suite sur lanouvellerepublique.fr 

dimanche 25 mars 2018

Table ronde - L’humour juif de Pest 13 avril 2018 à 19h30 - Institut hongrois

Institut hongrois 92, rue Bonaparte 75006 Paris
Réservation obligatoire : reservation@instituthongrois.fr
+33 1 43 26 06 44

À partir de son Dictionnaire amoureux de l’humour juif, paru récemment chez Plon, Adam Biro et le sociologue hongrois Viktor Karády essayeront, avec l’aide de Guillaume Métayer, modérateur, de définir ce qu’est le pesti zsidó humor, l’humour juif de Pest, Pest étant la partie basse, commerçante et populaire de Budapest.
Quelles sont les caractéristiques de cet humour ? De quelle façon et pourquoi s’est-il répandu dans toute l’Europe centrale, jusqu’à Hollywood ? Si sa source est l’humour du Talmud et l’humour juif des shtetlekh, pourquoi ne parle-t-on pas d’humour juif de Prague, de Vienne ou de Berlin ?
Cette discussion fournira, peut-être, un début d’explication à cette étrange et exceptionnelle rencontre entre les juifs et la Hongrie, rencontre qui a résisté à toutes les vicissitudes et toutes les persécutions et qui a indéniablement enrichi la culture hongroise.
Participants : Adam Biro, écrivain, Viktor Karády, sociologue, professeur à l’Université d’Europe centrale de Budapest, Guillaume Métayer, traducteur littéraire, chercheur au CNRS
Entrée libre

lundi 12 mars 2018

Les ancêtres d'Ulysse de Adam Biro

Le parcours de la famille d'Adam Biro, écrivain et éditeur d'art en France. Le hasard et l'histoire ont conduit cette famille juive, originaire de Hongrie, jusqu'en Roumanie, puis en Suisse, en France et aux Etats-Unis, au cours du XXe siècle. L'auteur a décidé de raconter pour Ulysse, son petit-fils, la vie de leurs ancêtres. ©Electre 2018
 
Quand j'ai écrit ce livre, Ulysse, mon petit-fils à qui je m'adresse avait 2 ans. Aujourd'hui il en a 17. Si te monde a changé, le passé, celui de ma famille et celui de l'Europe Centrale, reste identique : douloureux, tragique. C'est ce passé-là que je voulais raconter dans ce livre, roman vrai oscillant entre dérision et émotion, désespoir optimiste et joie de vivre pleine de larmes, entre Est et Ouest, entre un monde disparu et un présent incertain. Mais Ulysse - et le lecteur - pourront deviner à travers les portraits des membres de ma famille qui ont vécu et souffert dans une Europe bouleversée puis détruite par deux guerres et écrasée par des dictatures, une enfance émerveillée... la mienne.

A. B.

Nouvelle édition augmentée de l’ouvrage paru sous le même titre aux PUF en 2002.
Édition : La Chambre d'échos 
Date de parution :
Prix : 19 €
Source : lalibrairie.com

mardi 1 décembre 2015

Adam Biro et les quarante billets

UN DERNIER POUR LA ROUTE 1er décembre 2015
 
RENCONTRE AVEC UN JEUNE HOMME 1er novembre 2015

CAPRI C’EST FINI 1er octobre 2015

DE L’HISTOIRE 1er septembre 2015


LOUKOUMI 1er août 2015

DU SIGNIFIÉ AU SIGNIFIANT 1er juillet 2015

LE PRINTEMPS ARRIVE 1er juin 2015

DE MON PÈRE 1er mai 2015


DE LA MORT D’UN ÉDITEUR 1er avril 2015

LA DÉCADE PRODIGIEUSE 1er mars 2015


COMÉDIE MUSICALE 1er février 2015

BUÉK 2015! 1er janvier 2015

LE CAMINO 1er décembre 2014


DIVERS 1er novembre 2014


LECTURE D’ÉTÉ 29 septembre 2014

LA VISITE DE LA VIEILLE DAME 1er septembre 2014

De Prora 1er août 2014

DE L'ÉTRANGER 1er juillet 2014

De la révolution 1er juin 2014

Des mots et des noms 1er mai 2014

De la maison-Budapest, 37-56 1er avril 2014

DE LA DIFFICULTÉ D'ÊTRE 1er mars 2014

PASSAGES 1er février 2014

RÉJOUISSONS-NOUS ! 1er janvier 2014

LES MERVEILLEUX NUAGES 1er décembre 2013

VICTOR HUGO EN AVION 1er novembre 2013

AU SUJET DE FRED 1er octobre 2013

DE LA GARE DE L'EST 1er septembre 2013

AAA 1er août 2013

DE LA POÉSIE 1er juillet 2013

DES LANGUES 1er juin 2013

DE L'EUROPE 30 avril 2013

DE LA HONGRIE 1er avril 2013

DE LA POLITIQUE 1er mars 2013

DE L'OPÉRETTE 1er février 2013

CADEAU DE NOËL 1er janvier 2013

DE L'ART 1er décembre 2012

DU THÉÂTRE 1er novembre 2012

SI J'ÉTAIS ROI 1er octobre 2012

ORAISON FUNÈBRE POUR UN AGENT SECRET 1er septembre 2012

Je remercie chaleureusement Adam Biro pour sa gracieuse, spirituelle et talentueuse collaboration au blog des Mardis hongrois. En espérant retrouver bientôt ses billets sur ce blog, je voudrais lui témoigner encore une fois ma sincère amitié.
Jean-Pierre Frommer

UN DERNIER POUR LA ROUTE par Adam Biro

Photo n° 6 d’un voyage aux États-Unis, avril
2015. (Monterey, Californie)
     Nous apprenons que Mein Kampf tombera dans le domaine public en janvier 2016 et des éditeurs parmi lesquels la maison Fayard s’apprêtent à le publier. (Fayard, qui n’appartenait pas encore au groupe Hachette, a édité, en 1942, Ma doctrine d’adolf hitler.)
     L’argument avancé pour justifier cette publication se veut honorable. Il ne l’est pas. On nous assure que l’ouvrage sera pourvu d’une préface et d’un appareil de notes pour le lecteur non averti. Il s’agira de permettre en même temps aux chercheurs d’avoir un document de première importance sous la main.
     En vérité, il ne s’agit que de vendre. Il s’agit de faire de l’argent. Un vrai historien ne lit pas une traduction ; il lit le texte original. Et il n’a pas besoin de l’appareil critique « grand public ». De surcroît, ce livre, publié par les Nouvelles éditions latines, se trouve depuis longtemps dans les bibliothèques et elle est en ligne. Maintenant, grâce au battage médiatique, des dizaines de milliers de lecteurs vont se jeter sur cette publication, des lecteurs qui n’ont rien à faire des notes. Désormais il suffira d’entrer dans une librairie et d’acheter Mein Kampf aussi simplement que… céline ou paul morand.
     Mise à la disposition du grand public d’un document historique ? Alors attendons-nous, dans le vaste mouvement de banalisation du nazisme commencé il y a une vingtaine d’années, à la création chez Fayard ou chez un autre éditeur, un grand éditeur, de la collection « Écrits nazis » ou « Le best off des textes du IIIe Reich », puisqu’« ils » ont tous écrit, des livres et des discours, le docteur goebbels, himmler et même le reichsmarschall goering. Et l’on attend impatiemment une réédition dans la collection « Le petit fasciste de poche », de la France juive de drumont, du Protocole des sages de Sion et d’un choix de textes racistes sur les Roms, les Noirs et les Asiatiques, avant le lancement des « Meilleurs textes de l’État islamique », tous les volumes dûment pourvus d’une préface idéologique politiquement (ou politique idéologiquement) archi-correcte par un ministre, d’une postface pédagogique politiquement super-correcte par un inspecteur d’académie et de notes. Messieurs les éditeurs « scientifiques », ne craignez rien, personne ne lira les préfaces, les postfaces et les notes, et n’hésitez plus, le papier est patient et les actionnaires sont impatients. Et une partie des bénéfices pourrait être reversée à des associations luttant contre l’oubli, le racisme ou l’exclusion et pour l’amitié entre les peuples et les religions. C’est déductible des impôts.

 *
     Encore de l’argent.
     Assis sur un banc dans le port d’une île grecque, nous observons les préparatifs d’un pêcheur pour sortir en mer avec son petit bateau. Il met plus d’une heure à vider l’eau laissée par la pluie de la nuit dernière, à nettoyer l’embarcation et les filets, à installer la quille et à mettre le moteur en marche.
Nous le regardons s’éloigner, en pensant à tout ce qu’il doit connaître, le fonctionnement du bateau, la mer et ses courants, la topographie des lieux, les espèces de poissons, leurs mouvements et leurs habitudes, les vents et le climat… Puis le conditionnement, les marchés, les prix… Pour gagner combien, à la fin de la journée, à la fin de l’année ? Comparé aux quatorze (14 !) millions d’euros qu’un chef d’entreprise français dont heureusement j’ai oublié le nom et qui ne sait pas le quart, que dis-je, le dixième de ce que connaît ce pêcheur a empochés pour aller d’une société à une autre, aux deux millions de francs suisses qu’un ancien footballeur qui, lui, ne doit rien connaître du tout, a touchés, légalement ou illégalement, peu importe, pour « donner des conseils » à un escroc…

 *
     Ce quarantième billet est le dernier. Par manque de temps et de disponibilité d’esprit, je dois suspendre pour au moins un an le plaisir d’écrire ces petits papiers — en remerciant sincèrement et chaleureusement les Mardis hongrois de les avoir abrités. En effet, je me suis lancé dans la rédaction d’un gros dictionnaire, et l’éditeur attend mon manuscrit pour décembre 2016.
     Je souhaite à toutes et à tous, sincèrement, une TRÈSTRÈS bonne année.
     Et à bientôt.

     adam biro
     décembre 2015
     biroadam4(AT)gmail.com

dimanche 1 novembre 2015

RENCONTRE AVEC UN JEUNE HOMME par Adam Biro

Photo n° 5 d’un voyage aux États-Unis, avril 2015. (Chicago Art Institute)
Ce billet est inspiré par une nouvelle de l’immense écrivain hongrois Karinthy Frigyes (1887-1938). Le texte l’original porte le même titre.

Nous nous sommes attablés, mon épouse et moi, dans un restaurant chic et cher du Marais, à Paris. Pendant que j’étudiais la carte, j’ai levé la tête et aperçu, à travers la vitre, le jeune homme. Il portait toujours le même manteau élimé, la même écharpe d’une couleur inidentifiable. Il était nue tête et malgré le froid, il n’avait pas de gants. Il m’a également vu et il est entré dans le restaurant, en repoussant le maître d’hôtel accouru à sa rencontre.

Debout, sans salutation, sans jeter le moindre coup d’œil à ma femme :

—Tu fréquentes donc des endroits comme celui-ci ? C’est ainsi que tu perds ton argent et ton temps ? — Il s’est adressé à moi.

Je l’ai trouvé grossier, je voulais lui dire qu’il aurait pu me saluer, prendre les nouvelles de ma santé, de ma famille, mais il m’a interrompu.

—Et alors… qu’en est-il de la paix universelle ?

—Il y a des organismes qui s’en occupent, l’ONU, l’Union européenne… C’est compliqué, tu ne peux pas comprendre, tu es trop jeune, tu n’as pas vécu, les relations entre les pays… Un homme seul ne peut rien faire, je n’ai ni les capacités ni les réseaux…

—Et la limitation mondiale des naissances ? Et la croissance zéro ? Et la fin de la dégradation de la Terre et du climat ?

—Ben justement il y aura une conférence à Paris encore cette année qui y mettra de l’ordre, ai-je répondu.

Il avait ce rire sarcastique que je lui connaissais.

—Je vois. Une conférence. Et le même salaire pour tout le monde ? Et le travail distribué selon les capacités et les besoins avec la fin définitive du chômage ? Et l’égalité hommes-femmes partout dans le monde ?

—Alors là, excuse-moi, mais tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu es inexpérimenté, tu vis dans tes illusions, dans tes rêves, tandis que moi, bien plus âgé que toi… Tu ne lis pas les journaux, tu ne regardes pas la télé, d’ailleurs je suis sûr que tu n’en possèdes pas…

Il ne m’a pas laissé finir ma phrase.

—Et la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme ? La fin du règne de l’argent ?

Il commençait à m’agacer. Ce gamin immature.

—Je te signale que l’homme a quand même marché sur la Lune, et qu’on a envoyé un engin sur Mars.

—On qui ? Toi ?

—Non. Des gens compétents, des savants, des techniciens.

—Et toi, pourquoi n’es-tu pas compétent ? Pourquoi n’as-tu pas étudié l’astrophysique ?

—C’était compliqué, je n’avais pas le… Et puis si je n’ai pas étudié l’astrophysique, j’ai étudié d’autres disciplines, je connais un tas de choses que tu ne connais pas, j’ai voyagé, vaincu des difficultés et des obstacles, j’ai vécu, dans tous les sens de ce mot, et la vie n’est pas…

Comme s’il ne m’avait même pas entendu. J’ai enchaîné.

—Mais on ne meure plus de l’asthme. Et l’on peut guérir le cancer. Et l’on vit plus longtemps.

Un silence.

—Grâce à toi ?

J’ai continué.

—Et des robots remplissent plein de tâches en remplaçant les hommes.

—C’est ça. Des robots. C’est eux aussi qui vont écrire la grande œuvre, le grand roman appelé à bouleverser la littérature mondiale ?

— Je sais, j’y travaille, j’y travaille, mais il faut vivre, j’ai une famille, des enfants, tu ne sais pas ce que ça veut dire, gagner sa vie, elle est très chère, la vie, alors la grande œuvre, tu comprends, on ne peut pas l’écrire le week-end ou tard le soir, tu ne connais rien, tu as toujours vécu de rien, tout seul, alors… Moi, j’ai des responsabilités, je me dois aux miens… En attendant, quand même des petits textes, des petits livres par-ci, par-là, mais il n’est pas trop tard, attends, tu verras, un jour…

—Ah oui ? Et l’amour fou et immense et éternel avec La Femme, dans une maison sans eau et sans électricité, dans les Alpes ? Et le tour du monde en cargo ? Et la randonnée à pied de l’Atlantique à l’Oural ? Et les cent mètres en huit secondes ?

Il m’énervait.

—On ne peut pas tout faire en même temps. L’astrophysique, la grande œuvre, le tour du monde, la paix universelle… Pour les cent mètres, pendant un bon moment, je faisais du jogging tous les dimanches dans le jardin du Luxembourg, cependant...

Je perdais mon temps, le garçon attendait le choix des plats, le sommelier attendait que nous choisissions les vins, et moi, je bavarde…

—Écoute une fois pour toutes, j’allais lui dire, mais il n’était plus là. Je voulais m’élancer à sa suite, et puis j’y ai renoncé.

—Tu sais, c’est drôle, mais ce jeune homme grossier te ressemblait, a dit ma femme. Il ne m’a même pas saluée. Qui était-ce ?

—Oh, personne. Un jeune homme, quoi, bref, un jeune homme comme ça, qui… Je le connais à peine. Ne t’inquiète pas, il ne reviendra plus.

adam biro

novembre 2015

biroadam4(AT)gmail.com

(Pub privée et sentimentale. Ma femme vient de publier aux éditions Payot, Paris, l’intégrale bilingue des poèmes de la philosophe Hannah Arendt : Heureux celui qui n'a pas de patrie. Poèmes de pensée. Édition établie, annotée et présentée par Karin Biro. Poèmes traduits par François Mathieu.)

jeudi 1 octobre 2015

CAPRI C’EST FINI par Adam Biro

 
Photo n° 4 d’un voyage aux États-Unis, avril 2015. (Le Mississippi)
      Il y a quelques décennies, j’ai lu une nouvelle de l’écrivain anglais Somerset Maugham qui m’a fait une profonde et durable impression, même si je ne m’en souviens que vaguement et pas du titre. Je crois qu’il s’agissait d’un Anglais qui louait une villa à Capri. Selon ses calculs, il devait avoir assez d’argent pour y vivre vingt ans — puis il se suiciderait. Il aurait vécu vingt ans de bonheur, face à la mer. Les vingt années écoulées, les propriétaires viennent reprendre possession de la villa, et le héros, n’ayant pas le courage de se suicider, reste comme serviteur dans la maison.

     Cet été, dans une île que je ne nomme pas, au milieu d’une mer dont je garde le nom secret, dans une maison de rêve d’où l’on ne voyait que la mer et l’île d’en face, le souvenir de cette histoire se mit à m’obséder. Oui, moi aussi, j’aimerais vivre vingt ans dans ce cadre, avec ce soleil, avec ces couchers de soleil roses, ces nuits glacées, ces aubes noires menaçantes, avec ces nuages, avec ces tempêtes, avec cette mer, avec cette vue. Et l’autre jour, en descendant le chemin caillouteux où, à mon étonnement, poussent des fleurs merveilleuses et de moi inconnues entre les pierres, vers la mer et une plage déserte pour m’y baigner nu, avant de boire un gwulpo au café du village où l’on pouvait regarder en même temps un match de basket sur grand écran et écouter une musique lancinante émanant d’une radio hurlante et mal réglée, j’ai eu envie de réécrire la nouvelle de Somerset Maugham, avec une autre fin. Mon héros, toujours un Anglais excentrique, louerait une maison pour vingt ans dans cette île, celle où j’étais. Il y vivrait heureux avec une femme, apprendrait à naviguer, s’achèterait un bateau, sillonnerait les îles environnantes, nagerait, ferait du ski, écrirait un livre, jouerait du piano, ferait de la cuisine, tricoterait des pulls, apprendrait la langue du pays, se lierait avec les villageois, cultiverait des arbres dont il enverrait les fruits à des amis dont le nombre diminuerait avec le temps, ferait de la sijturd, de l’eau de vie locale, des confitures. Il n’aurait ni télévision, ni radio, ni internet et il ne lirait aucun journal, mais il ne pourrait quand même pas ignorer les événements du monde à cause de la télévision du café et des discussions avec les habitants de l’île — événements dont la connaissance ne lui apporterait rien sinon de l’amertume, à quoi s’ajouterait, inévitablement, des ans l’irréparable outrage. Puis, au bout de vingt ans, les propriétaires annonceraient leur retour pour une certaine date. Notre homme, préparé à s’arracher un jour à la beauté des choses, contrairement au personnage de Somerset Maugham, descendrait à la mer pour y nager une dernière fois, et, déjà âgé, le cœur battant très fort, trop fort, il se noierait. La plage étant déserte, personne ne le verrait mourir, et l’on ne retrouverait pas son corps. Une jeune fille qui l’aurait souvent vu au café sans que jamais ils ne se soient parlé, fille assez quelconque et plutôt vulgaire qui passerait son temps à faire des selfies avec des garçons, prétendrait avoir aperçu le corps de l’homme s’envoler parmi les nuages noirs, les bras écartés comme s’il avait été soutenu par quelqu’un. Là-dessus le propriétaire du super-market assurerait l’avoir également vu, et que les dieux dont plusieurs avaient habité cette île, l’auraient enlevé, et bientôt tout le village, puis toute l’île observerait une nouvelle constellation dans le ciel qu’ils nommeraient d’après le prénom de notre bonhomme. Le prêtre barbu, malodorant et bedonnant du village trouverait ceci ridicule, et lors d’un sermon, il mettrait en garde ses ouailles contre les superstitions. Il affirmerait que cet homme, qu’en vingt ans il n’a jamais vu dans son église, se trouve maintenant en enfer — et pour toujours.

adam biro
octobre 2015
biroadam4(AT)gmail.com

mardi 1 septembre 2015

DE L’HISTOIRE par Adam Biro

Photo n° 3 d’un voyage aux États-Unis, avril 2015
(Brooklyn).
      Historia est magister vitæ. Historiam discimus. C’étaient les premières phrases que, petit écolier, j’ai apprises en latin. Nous devons étudier l’Histoire parce qu’elle régit notre vie. Pour qu’elle régisse notre vie. (S’il ne me reste rien du latin, en fait tout reste. Eh oui, Madame la Ministre.)

     J’ai bêtement obéi à cette injonction, en ayant lu quantité de livres d’Histoire, depuis la Bible jusqu’à l’étude de Christopher Clark sur l’été 1914 (The Sleepwalkers) et en ayant tout fait pour pouvoir assister (dans un fauteuil d’orchestre) à quelques joyeusetés du XXe siècle. Et si les circonstances ne m’ont pas permis d’être à Hiroshima au bon moment, de vivre in situ la révolution culturelle de Mao, les génocides arménien, biafrais, rwandais ou cambodgien, j’ai pu lire ce qu’il fallait pour cauchemarder à l’aise pendant mes nuits blanches.

     Bêtement — parce que ces lectures m’ont hélas façonné et m’ont ouvert les yeux plus que nécessaire.

     Bêtement, parce qu’elles m’ont enlevé toute illusion, tout espoir dans l’Histoire collective, dans la perfectibilité de la collectivité humaine. (Je dis collectivité. Les individus, c’est une affaire — et quand ils sont ensemble, c’en est une autre.)

     Depuis 1945, le coup le plus dur pour moi était la guerre de Yougoslavie des années 1990. Les horreurs (européennes) du XXe siècle ont commencé à Sarajevo, en juin 1914 — et si personne n’a rien oublié, personne n’a rien appris.

     Quelques décennies après Babi Yar, après Katyn, on re-creuse, on refait creuser les charniers, sur le même continent. Pour venger une bataille perdue en 1389 ! Et le vocabulaire ! « Purification ethnique », qu’ils disent, quarante ans après la Shoah ! Les mêmes mots ! Et à Sarajevo ! Dans un raccourci artistique, ils, les ordures que je déteste à un point que je ne peux même pas exprimer — milošević (minuscule) reçu officiellement par Mitterrand (minuscule ? majuscule ?) — relient la Grande guerre à l’Holocauste et à Srebrenica.

     Mais on pourrait aussi parler des Irlandais ou des Kurdes...

     Ou des Hongrois. Historia est blabla. Abonnés aux guerres perdues grâce à la stupidité de leurs dirigeants, ils ont vu les deux-tiers de leur territoire retranchés par le traité de Trianon, en 1920. Entre autres comme punition, demandée par les minorités écrasées, maltraitées par la classe dirigeante hongroise. Et voilà que le gouvernement actuel, 95 ans plus tard, rien oublié, rien appris (vous dites magister vitæ ?), cherche noise aux pays limitrophes habités par les anciennes minorités. Et autorise —encourage ?— la haine des Roms et des juifs dans un pays d’où on en a déportés tant, il y a 70 ans, que Primo Levi a pu écrire dans Si c’est un homme qu’à un moment donné à Auschwitz on ne parlait que le hongrois.

     Quand j’entends « devoir de mémoire », je ne peux pas m’empêcher de ricaner. « Plus jamais ça. » « La der des ders.» Historia est etc. La belle affaire...

     Et, qui l’eût cru, voilà le XXIe siècle des religions ! De certains religieux. Stupides pour beaucoup, ignares, bornés et cruels. On massacre pour la foi, au nom de la foi, depuis toujours, mais dans notre naïveté, nous nous sommes dit, nous tous : nous avons tout vu, tout vécu, et surtout tout lu, et par conséquent désormais c’est-fi-ni ! Après tout, historia est magister tsoin-tsoin ! Et que non ! Daech replonge dans le temps des Croisades en massacrant les « infidèles », des chrétiens re-condamnent Galilée cinq cents ans après sa mort, les newborns américains contestent la théorie de l’évolution, les rabbins de Shass et de Yahadout haTorah décident qui est juif comme l’a fait hitler avant eux. Les mêmes qui ont excommunié Spinoza...

     Historia est magister vitæ. Cette phrase n’a aucun sens. Vous avez raison, Madame la Ministre de vouloir supprimer l’étude du latin. Moi, à votre place, j’interdirais aussi celle de l’Histoire. Les deux sont inutiles, voire nuisibles.

     Et nous, nous pouvons aller nous faire voir chez les Grecs.

adam biro
septembre 2015
biroadam4(AT)gmail.com

samedi 1 août 2015

LOUKOUMI Par Adam Biro

    
Photo n° 3 d’un voyage aux États-Unis, avril 2015
(Brooklyn).
     Le texte qui suit est extrait d’une histoire écrite en 1981, lors d’un séjour de cinq semaines à Koroni avec Karin, Julie et Yaëlle, dans la maison de Christiane. C’est mon amie Florence qui l’a publiée dans sa maison d'édition, La Chambre d’échos. Il décrit un autre séjour grec de deux mois, en 1965, dans l’île de Serifos recommandée par Roland qui l’a vue depuis un bateau et en était saisi. J’y suis allé avec Paul et Christiane dont c’était la première rencontre avec la Grèce. Elle en est tombée amoureuse au point d’y faire construire une maison. C’était mon deuxième voyage en Grèce. Le premier, en 1962, avec Étienne, nous a conduits à l’hôpital d’Athènes pour dénutrition, après une expérience d’écrivains publics puis de mendiants rue Ermou. Maintenant, cinquante ans après le séjour dans les Cyclades et trente-quatre ans après le Péloponnèse, maintenant que la Grèce fait la une des journaux et au moment où nous nous apprêtons à passer deux semaines dans les Sporades, j’ai envie de céder à la nostalgie.
     « (…) À Serifos, dans les Cyclades, j’ai connu, si je peux dire, un vendeur de loukoums.
     À Serifos, dans les Cyclades, il n’y avait rien. Pas d’eau courante, pas d’électricité. Deux cafés. Nous louions une maison ‘’meublée’’ de quatre lits de fer avec des matelas remplis de son, nus, sans literie. Ni chaises, ni armoire, ni volets, ni rideaux, ni rien, ni tout. Pas d’eau, pas de cuisine, pas de toilettes, même pas un trou. Des bougies nous éclairaient et la lune au-dessus d’une mer sans rivages, immense, immense. Les Grecs de Serifos, c’étaient les Grecs de Serifos. Il n’y a absolument rien à en dire. Je pense qu’ils ne l’avaient pas choisi. Des mères de famille, des enfants, des vieillards… Dans les deux cafés, des toilettes (hm…), mais rien à manger ou presque rien, des dolmades en boîte, des oeufs. Jamais de poisson. Aucun hôtel — pour qui ? Nous étions les seuls touristes, objets de curiosité. Un pêcheur que nous n’avons plus revu nous a loué sa maison pour 1 franc 50 par jour, les deux mois payables d’avance. Elle jouxtait la mer ; à deux mètres. (…) D’après la légende, le Cyclope habitait cette île. À Serifos, ni douceur, ni volupté. Seule la vue de la lune tremblante, seule la mer, l’immobilité totale. Une seule route, empruntée par la seule voiture-triporteur de l’île et des ânes, toujours les mêmes, aux mêmes heures. C’était le Sud, bêtement, loin de mon Làbas, de mon Europecentrale (en un mot), un peu inhabituel, un peu bizarre, mais si quotidien.
     À l’époque, j’en étais, de ce Sud-là. Des heures immobile sur un rocher dans la mer, indifférent au soleil. Des jours des jours des jours non mesurés au café, à regarder la mer, figée, inquiétante et rassurante parce qu’elle est là (au présent). Le jeu de jacquet, les komboloï tintent, la poussière s’infiltre, couvre et fige, comme le sucre du loukoum, crissant. J’étais un peu grec. Aujourd’hui, en Grèce à nouveau, je n’ose plus. À Serifos, à peine adulte, il ne s’agissait que de durer. Aujourd’hui, la disparition semble possible.
     À Serifos-sur-Danube, pendant des heures, je regardais un bateau, rien. Là, on pouvait. Le café coûtait trois drachmes, nous attendions le prochain bateau. Toute l’île l’attendait, il devait arriver à midi, il apparaissait à huit heures, à minuit. À l’arrivée, il déversait un pope puis repartait. Le lendemain, il revenait — ou non —, pour gober un autre pope. Le vendeur de loukoums était au port à chaque arrivée et à chaque départ. Il n’en manquait aucun. Il criait loukoumiiiii en poussant son chariot jusqu’au bout de la jetée puante. Il passait le reste de la journée au café, sa chaise adossée au mur, son pied droit posé sur une autre chaise. Une fois par jour, le vendeur de loukoums saisissait sa voiturette remplie de boîtes de loukoums, et d’un pas mesuré, il se dirigeait vers le débarcadère, loukoumiiiiii loukoumiiiiii ! (…)
     Je peux vous affirmer que pendant deux mois jamais personne n’a acheté au marchand de loukoums de Serifos la moindre boîte de loukoums, ni une demi boîte, ni un simple morceau de loukoum, ni la moitié, ni le quart d’un morceau. Jamais personne ne lui demanda le prix d’une boîte. Jamais personne ne lui demanda quoi que ce soit.
     Cela s’est passé il y a fort longtemps. S’il n’y avait, hormis nous, aucun touriste, c’est parce qu’il n’y avait rien à touristiquer. Il n’y avait ni ceci, ni cela. Aujourd’hui, les agences de voyage incluent l’île dans leurs croisières. J’en déduis qu’il y a maintenant l’eau courante, la TV et ceci et cela. Les bateaux doivent arriver à l’heure et repartir de même, et les marchands de ceci–cela doivent ruiner le commerce florissant du marchand de loukoums, qui a dû, je présume, se trouver un travail plus lucratif sinon plus enrichissant.
     Ici, maintenant. En passant à midi plein sur le mauvais chemin qui va de notre maison au village, je respire l’odeur un peu écoeurante des raisins qui sèchent, je vois autour de moi le vert de la vigne et des oliviers, le tout couvert par l’indescriptible bleu de la mer qui commence au bas du chemin, au pied de la vigne, et monte jusqu’au ciel pour s’y perdre. Un cyprès partage l’horizon.
     Une infinie paix.
     Le désordre libre dans l’ordre préétabli.
     Tout va bien.
     Il va falloir partir, sans avoir compris. Retourner là-bas.
     Des larmes me montent aux yeux ; je les laisse couler, je suis seul.

     Koroni, août 1981»

     adam biro
     août 2015
     biroadam4(AT)gmail.com

mercredi 8 juillet 2015

J’ai toujours su parler aux femmes de Adam Biro

« Ce livre a trois origines, toutes trois littéraires. D’abord, j’ai été très impressionné par les « romans miniatures » de l’extraordinaire écrivain japonais Kawabata Yasunari. Chacune de ses histoires contient un roman en puissance. L’autre influence que j’ai subie est le petit livre délicieux de J.-B. Pontalis, Elles. Et le troisième auteur qui m’a profondément ému est Krúdy Gyula. J’aimerais parler de femmes, de sentiments, de souvenirs aussi délicatement qu’a su faire, dans ses textes sur les voyages de Sindbad, ce très grand Hongrois, maître ès nostalgie. »
Projet merveilleusement abouti ! J’ai toujours su parler aux femmes est un autoportrait : en creux ? non ! plutôt en volutes, en courbes, en ellipses, d’un homme plein de tendresse, de malice et d’esprit qui crut ne pouvoir exister pleinement que dans le regard des femmes, leurs rires, leur gravité ou leur amour.
Prix :15 euros
112 pages, mai 2015, EAN : 9782363080868

mercredi 1 juillet 2015

DU SIGNIFIÉ AU SIGNIFIANT par Adam Biro

Photo n° 2 d’un voyage aux États-Unis, avril 2015
(Chicago).
Après une tournée mondiale, K. de J. a retrouvé son studio parisien et ses synthés vintage. Éternel bidouilleur d’ambiances électro, il fait un retour fracassant dans les clubs en réinventant une French Touch gorgée de samples et de techno. (Journal d’Air France)

Ce n’est pas parce que l’hôpital a été fermé qu’on ne peut pas l’ouvrir. (Une syndicaliste sur France Inter, avril 2015)

Cette combinaison est porteuse d’un repositionnement dynamique de l’identité du Palais.    (Dans    le journal des élus socialistes du 2e arrdt de Paris, au sujet d’une opération immobilière    du Palais Brongniart)

Le compositeur Schneitzoëffer avait très fréquemment le crève-coeur d'entendre son nom germanique défiguré de mille façons baroques par les domestiques français chargés de l'annoncer. Si bien qu'il finit par se faire graver un millier de cartes de visite sur lesquelles on pouvait lire : SCHNEITZOËFFER, prononcez BERTRAND. (Villiers de l'Isle Adam, Contes cruels)

Département des Maintenances des Équipements et Systèmes des Espaces. (Sur une camionnette de la Ville de Paris)

Le deuxième million, on peut déjà l’acquérir honnêtement. (Un promoteur immobilier)
Engem most egy esztéta basz. (Une actrice hongroise)
Actuellement c’t un esthète qui m’baise.

Haruspex nunquam haruspicem adspiciebat quin rideret. (Caton)
Jamais un haruspice ne voit un autre haruspice sans rire.

Il en faut du temps pour devenir jeune. (Picasso)

Il est temps que les architectes assument leurs liens incestueux avec l’art et explorent, comme d’aucuns le font déjà, le legs critique de la performance. (Pedro Gadanho, architecte lisboète)

Il s’agit de la blogosphère ethnodifférentialiste. (Interview d’un philosophe sur France Culture)

Je suis heureux qu’il n’ait jamais été un artiste professionnel : cela aurait pu l’empêcher de devenir un amateur. (Chesterton)

Légende d’une petite photo dans un catalogue d’exposition : Antonin Artaud par Man Ray, 1926, Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle ©Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. RMN-Grand Palais / J. Faujour ©Man Ray Trust / Adagp, Paris 2014.

Maybe Shaw, on learning of Algren’s death, said it best: “It’s not so bad. He’d just won a big award and he was about to mix drinks at a party. Now he won’t have to wash the glasses.” (Jan Herman dans le Chicago Sun-Times au sujet de la mort de l’écrivain Nelson Algren, mai 1981)

Nous allons entrer avec les organisations syndicales dans une démarche de coconstruction de ce que sera la SNCF de demain. (Le directeur des ressources humaines de la SNCF, 2013)

Objet : Une Replique Suisse Il S'agit D'une Horloge Verre Saphir Poli eau de Controle de Pointe
Les clients nous ont dit qu'ils vendent suisse a fait une replique rien, mais bon commentaire sur ce site proviennent po. Revivez l'amour et la datation expérience avec votre femme par son douche avec son garde-temps de rêve. (Publicité reçue par e-mail)

On n’a pas idée à quel point le succès rend les gens bêtes et tranquilles. (Francis Picabia)

Opération menée par les milices garde-côtes du capitaine Le Gentil de Quélern et du contre-amiral Merveilleux du Vignaux. (Chroniques culturelles de l’Armée, 2013)

Plus on est pas sage, plus le Père Noël apportera moins de cadeaux. (Interview d’un enfant, France Inter, décembre 2014)

Pour tout ce qui concerne les VAE, validation d’acquis d’expériences, il faut s’adresser au service compétent de chaque rectorat, le DAVA : dispositif académique d’aide à la validation des acquis. Tout diplôme national peut être validé par VAE, et l’École Estienne reçoit très régulièrement les jurys de VAE organisés par le SIEC. (Brochure de l’École Estienne, février 2013)

Propositions pour des noms de héros et d’héroïnes de comédies musicales :
Tadeo Edeba
Naystou Mitiou
Naïs Tousiou
Tan Kafer
Mibou Tabou
Quoi qu'on en pense, il est dans l'Histoire. (Le président socialiste François Hollande à propos de Fidel Castro, après lui avoir rendu visite)

Repérer les signaux faibles à côté des signaux forts. Écoute et attention constante pour repérer avec une approche cognitive l’interaction de ces signaux. (Une conférence sur l’édition)

Société internationale d’études et d’interventions. (Enseigne sur une porte)

Tout Hussard pas mort à 30 ans est un jean-foutre. (Général Lasalle, 1775-1809)

Trois citations extraites du Journal de Michel Leiris :
-Un être humain sur quatre est chinois. (Mao Tsetoung)
-J’ai toujours sur moi de quoi commettre un attentat à la pudeur. (Henri Rochefort)
-On cesse d’être jeune quand on comprend qu’il ne sert à rien de dire une douleur. (Cesare Pavese, Le Métier de vivre)

L’Une des rues principales de Saint-Malo est la rue Porcon de la Barbinais.

La Vie est un tissu de coups de poignard qu’il faut savoir boire
goutte à goutte. (Le sapeur Camember)
-Vous montez ?
-Non, je descends, mais vous n’étiez pas loin.
(Échange entre un marinier et un badaud, entendu au bord d’un canal)

25 avril 1707 : bataille d'Almansa (Espagne).
Victoire des troupes franco-espagnoles qui remettent sur son trône Philippe V en battant une coalition composée d'Anglais, de Portugais et des Provinces Unies. Les Franco-espagnols sont commandés par Jacques Fitz James, duc de Berwick (et fils naturel du roi anglais Jacques II Stuart, détrôné) qui est
français, né à Moulins et fait maréchal par Louis XIV. La coalition adverse est elle aussi commandée par un Huguenot français, Henri de Massue, passé à la solde de Londres à la faveur des guerres de religions. (Lt-colonel Plantec, Chroniques culturelles de l’Armée, 25 avril 2014)
 
                                                           *
La recette du bonheur : une petite chose créative chaque jour. (John Cassavetes)

adam biro
juillet 2015
biroadam4(AT)gmail.com

lundi 1 juin 2015

LE PRINTEMPS ARRIVE par Adam Biro

Photo n° 1 d’un voyage aux États-Unis, avril 2015 (Chicago).
I love Paris in the springtime… Dans mon quartier, un jeune homme visiblement en bonne santé, assis par terre au même endroit tous les jours depuis des mois, fait la manche. Devant lui une écuelle et un écriteau demandant de l’argent pour manger. J’ai cessé de le regarder avec l’hostilité et la bonne conscience de celui qui a travaillé toute sa vie et qui estime que ce gars d’environ vingt-cinq ans pourrait essayer de trouver une autre façon de se nourrir — et de vivre, de passer sa vie sur terre — qu’immobile, le cul collé à l’asphalte. Peu importe le travail : débardeur à Rungis, balayeur au SuperU, prof de philo dans le neuf-trois… Oublions Pôle emploi, mais inventer quelque chose, un boulot, un truc, proposer aux vieilles femmes de monter leur filet à provision dans les immeubles sans ascenseur, dévaliser une banque sans arme, rien qu’avec du baratin… Or je viens de lire La Dêche à Paris et à Londres (Down and Out in Paris and London) de George Orwell (lisez-le, comme l’ensemble de l’œuvre de cet auteur génial), et je regarde les chemineaux, les clochards et les mendiants d’un autre œil.

D’un autre œil je m’efforce de regarder le jeune homme assis. Pas facile. De là à lui donner la pièce, moi qui ai travaillé toute ma vie blabla…

*

Le printemps-myosotis arrive. On le sent. Au Louvre, les tableaux changent de couleur. (C’est un photographe qui me l’a fait remarquer.) Dans la rue, la robe des filles aussi. (Pas besoin de me le faire remarquer.) Dans notre rue, pour fêter le printemps, s’est ouvert une « librairie ». Je mets des guillemets parce que le « libraire » n’y vend que des « occasions neuves ». Des non-livres sur des non-sujets, du lourd papier couché imprimé avec beaucoup de couleurs, bidon bidon. Toute ma vie, j’ai été un homme-livre : j’ai lu, écrit, acheté, vendu, reçu, donné, édité des livres. Mais je n’ai aucun respect pour le livre, l’objet livre, pour le principe livre. Je n’ai du respect que pour le contenu, les idées, le style, l’enseignement, la beauté des reproductions et de la mise en page, le « message » (ô ce mot que je déteste pourtant...). On peut tout imprimer. Le papier est patient. Mein Kampf, Le Protocole des sages de Sion sont aussi des livres. Quand j’entends à la radio, surtout à l’occasion du Salon du livre, les officiels, les politicards, les journaleux et toutes les âmes bien nées déblatérer sur LEEEE LIIIIIIVRE, sanctifier, bénir, adorer LEEEE LIIIIIIVRE, je rigole. Le président Sarkozy trouvait la lecture de la Princesse de Clèves inutile ; la ministre de la culture, Fleur Pellerin, « n’a pas le temps de lire depuis deux ans », et un journaliste a dit, en parlant d’un livre : je l’ai lu, mais pas personnellement.

*

Le printemps-gazouilli, le printemps-croassement arrive. Je suis à la campagne, je renifle à nouveau, je regarde comme toujours, j’écoute à tue-tête. Comme la première fois. Le motif principal qui nous a décidé de choisir cette maison-là, il y a de longues années de cela, dans une magnifique campagne dont la France a le secret, si humaine, si équilibrée, si moyenne, était la vue. Un pré descend doucement jusqu’à un bouquet d’arbres où se cache un ruisseau, puis le regard monte vers une petite forêt, ensuite vers un autre pré, et enfin vers le ciel, immense, infini d’évidence. Je ne savais pas encore que j’allais devenir l’interlocuteur privilégié des grenouilles.

Ayant réglé les paperasses administratives, nous nous tenions un matin, le premier matin, enfin, face à ce paysage. Le hasard voulut que le paysan propriétaire du champ jouxtant notre jardin soit présent, en train de labourer. Il nous vit de loin, arrêta son tracteur, s’approcha de nous. Salutations, présentations.

—Mais pourquoi avez-vous acheté cette vieille ferme ? – demanda-t-il, surpris.

—À cause de la vue. Entre autres.

Un silence incrédule, voire sidéré.

—Tiens donc. À cause de la vue ?

Et il leva son regard vers la petite forêt qu’il avait en face de lui depuis des décennies, et avant lui son père et son grand-père et des générations depuis des siècles, comme s’il la voyait pour la première fois. Comme s’il la découvrait.

Ce qui était peut-être le cas. Son paysage était désormais aussi le nôtre. Mais si le paysage était le même, les yeux n’étaient pas les mêmes.

*

Après un long voyage, nous revenons chez nous, en France pour fêter le printemps. I love France in the springtime. Il est assis à côté de moi dans l’avion. J’ai tout mon temps pour l’observer : nous allons voler, vivre ensemble douze heures. Une calotte sur la tête, barbu, il lit, il prie. Au repas, il refuse la viande. — Vous auriez dû le signaler lors de l’achat de votre billet. On vous aurait servi de la nourriture spéciale. Nous en avons l’habitude, vous savez.— C’est l’hôtesse qui parle. Un moment donné, il ouvre son ordinateur et regarde un film sans devoir le chercher, puisqu’il était déjà sur son écran. Un film de guerre comme je n’en ai jamais vu, on tire, on hurle, on court, on se planque… Le sang gicle, on ouvre des ventres, on décapite, des détails, des gros plans, d’une violence ultra, inouïe.

De la cabine de pilotage sort un grand vieillard avec une barbe blanche soignée, habillé d’un long et large habit blanc, une sorte de toge. Il se dirige vers mon voisin et lui flanque une gifle gigantesque.



(Autopub : J’ai toujours su parler aux femmes. C’est le titre de mon recueil de textes courts qui vient de paraître aux éditions Arléa. Si vous voulez en savoir plus avant de vous précipiter chez votre libraire, taper « www.arlea.fr/Adam-Biro ».)

adam biro
juin 2015
biroadam4(AT)gmail.com

vendredi 1 mai 2015

DE MON PÈRE par Adam Biro

Bíró József, Le dr Bíró Imre (d’après
 Rembrandt), huile sur carton, 1930

     Il y a quelques semaines, j’ai dû faire un voyage éclair à Budapest, ville dont les cafés possèdent cette commodité évidente qu’est le portemanteau, objet peu coûteux et très pratique totalement ignoré, pour des raisons obscures, des cafés parisiens. En voulant accrocher mon duffle-coat sur la patère dans un restaurant, j’en ai déchiré la bride. Puis, dans l’après-midi, je me suis rendu chez un ami pour lui emprunter un livre. Il m’a présenté une dame assise à une table, couturière de son état, en train de rafistoler ses vêtements de vieux garçon. J’ai immédiatement demandé à la dame de bien vouloir recoudre la bride de mon manteau. La dame, avant de répondre à ma requête, s’est écriée : « Comme vous ressemblez à votre père ! » Elle n’a pas seulement connu mon père dont elle avait été la patiente, mais elle s’est empressée de me raconter des anecdotes sur lui en rajoutant : « J’ai même nagé avec votre père à la piscine couverte sur l’île Margit. Il était déjà vieux, mais il fallait le voir assis au bord du bassin, entouré de jeunes femmes ! » Et elle s’est mise à recoudre mon manteau, tout en me regardant et en continuant à parler de mon père. Intarissable. Quand je voulus la payer, elle le refusa énergiquement et quasiment fâchée. Je m’en doutais. Je lui ai baisé la main.

     À plusieurs reprises j’ai écrit sur mon père, mort dans sa quatre-vingt-seizième année, qui s’est donné tant de peine à me transmettre sa construction intellectuelle et morale. Le reste, tout le reste, notamment ma vie et ma survie, je le dois à ma mère, mais cela devrait être le sujet d’un autre billet.

     Le docteur Bíró était un séducteur. Je ne lui connais aucune aventure, aucun pas extraconjugal, mais Dieu qu’il aimait les femmes et Seigneur comme les femmes le lui rendaient bien !

     En rentrant à Paris, on m’a fait remarquer que la doublure de mon pardessus, cousue maladroitement ensemble avec le tissu, est raccourcie au point de déformer toute la structure. Il faudrait découdre la bride pour que le dos redevienne droit. J’ai obtempéré. C’était une erreur. J’aurais dû refuser. J’aurais dû garder ce défaut du manteau ainsi que sa cause, la bride cousue au mauvais endroit, pour qu’ils me rappellent l’épisode avec cette couturière que je ne reverrai jamais, et Budapest que j’ai perdu, et la Hongrie dont j’essaie de m’éloigner désespérément pour des raisons politiques, et ma langue maternelle à laquelle je m’accroche, et mon enfance si loin, si dorée dans la lumière du soir, et mon père, sa séduction, sa distinction, son élégance.

     J’aurais dû porter ce duffle-coat malfichu en souvenir de mon père qui, lui, n’aurait jamais mis un manteau déformé.

     adam biro
     mai 2015
     biroadam4(AT)gmail.com

mercredi 1 avril 2015

DE LA MORT D’UN ÉDITEUR par Adam Biro

Lorenzo Lotto, Autoportrait, huile sur toile,
ca 1520, San Francisco, Fine Arts Museum
     Il y a quelques semaines, l’éditeur de livres d’art Jean-François Barrielle, directeur des éditions Hazan, est décédé. Trop jeune, 63 ans. Après avoir été amis, nos caractères nous ont éloignés l’un de l’autre. C’est donc d’autant plus à l’aise que je peux affirmer que depuis pas mal de temps déjà il est devenu le meilleur éditeur de livres d’art en France. Je le lui ai dit. Les amateurs d’art doivent à ses qualités d’éditeur et à sa pugnacité que le propriétaire d’Hazan, le groupe Hachette, la « pieuvre verte », le fleuron du capitalisme français, n’ait pas fermé une maison d’édition qui a eu l’audace de publier des livres de grande valeur sans être rentables en trois mois.

     Seuls deux revues professionnelles et un blog ont mentionné la disparition de Barrielle. Aucun des quotidiens qui d’habitude publient une double page sur un pet de côté d’un écrivain sans talent mais « qui vend » ou qui fait partie du « milieu » et sur son éditeur, aucune radio n’a trouvé important de signaler la mort du meilleur éditeur de livres d’art de notre pays, je le répète. Et je ne parle pas de la télévision qui méprise l’art, pas intéressant pour les annonceurs ; quant aux livres sur l’art…

     Il y a quelque temps, j’ai donné des cours sur le livre d’art dans le mastère d’édition d’une faculté parisienne. Ayant largement dépassé la limite d’âge imposée par l’Éducation nationale, j’ai été prié de déguerpir. —Et qui me remplacera ? ai-je demandé. —Mais personne, voyons !—

      En 1967, la Suisse romande, grâce à une tradition de graphisme d’avant-garde et de travail de précision, avait les meilleurs et les plus célèbres éditeurs d’art du monde — je n’ai pas peur des mots. Un demi-siècle plus tard, combien en reste-t-il ? Skira, devenu italien, publie des catalogues d’expositions, la Bibliothèque des Arts travaille essentiellement en France, Ides et Calendes a été repris par la Bibliothèque des Arts, l’Office du livre n’est plus qu’un diffuseur, et Edita ? et Nagel ? Et les excellents imprimeurs, photograveurs, papetiers, relieurs spécialisés qui travaillaient avec ces maisons ont fermé ou se sont transformés en fabricants de catalogues d’horlogerie.       Ce que je déplore en constatant la lente disparition du livre d’art, ce n’est pas la disparition d’un métier. Après tout, qui regrette les dinandiers, les patenôtriers, les affoireurs de vin, les oublayeurs, les cloutiers — ou le poinçonneur des Lilas ? Ce qui m’attriste, c’est l’indifférence du public d’une part et le manque d’idées des éditeurs d’autre part. Les queues devant les expositions s’allongent, les romans populaires mettant en scène Léonard, Vermeer ou Caravage s’arrachent — mais le désintérêt pour cet objet irremplaçable qu’est, qu’était un vrai livre d’art est flagrant. (Je ne parle pas ici, évidemment, des flamboyants, vides et inutiles coffee-table books.) Mes étudiants en mastère pensaient que puisque toutes les œuvres de Lorenzo Lotto étaient en ligne, de même que sa biographie et les études le concernant, il était inutile d’encombrer sa bibliothèque avec un livre et de dépenser de l’argent. Mon premier patron, en Suisse, avait une parfaite réponse pour ceux et surtout celles qui critiquaient le prix de ses publications. « Combien coûte, Madame, votre paire de chaussures ? Et combien de temps durera-t-elle ? Pourriez-vous la léguer à vos enfants et à vos petits-enfants ? Et quels plaisirs, quels enseignements en tirez-vous ? » J’ai essayé de montrer à mes étudiants la beauté de l’objet, son format, sa reliure, sa mise en page, la police et le papier utilisés… l’élégance même de la chose avec ses pages « inutiles », un faux-titre, une page de titre, un colophon, une dédicace, une préface, une introduction en « belle page », une table des matières, un index, un glossaire, un achevé d’imprimer, puis les lignes veuves ou orphelines… Et il est temps qu’au moment où l’on sonde la planète Mars, les éditeurs, au lieu de s’obnubiler sur la table des matières, l’index, le glossaire et l’achevé d’imprimer, inventent, proposent une autre conception du livre sur l’art, du livre illustré, en profitant des infinies possibilités de la révolution informatique et de la réceptivité du public. Pourquoi ne pas accompagner le papier, la reliure et la beauté de l’objet sur l’écran où, en cliquant sur la reproduction d’une peinture, l’on en découvrirait les détails, le peintre, sa vie, sa ville et les commentaires de vive voix d’un historien de l’art, puis tourner à nouveau la page ? Par exemple…

     Jean-François Barrielle avait les cartes en main pour être à l’origine de cette révolution. Le destin en a décidé autrement.

adam biro

avril 2015

biroadam4(AT)gmail.com

dimanche 1 mars 2015

LA DÉCADE PRODIGIEUSE par Adam Biro

Alfred Stieglitz, L’Entrepont, 1907.
(Version publiée en 1915 dans 291, le journal de Stieglitz.)
    N’étant ni historien ni philosophe, loin de moi de vouloir entrer dans une discussion sur les cycles, la périodicité, la répétition ou le bégaiement de l’Histoire. Cependant mes lectures actuelles autour de l’art moderne et les commémorations de la Première Guerre mondiale ont attiré mon attention sur un phénomène dont je ne suis sûrement pas le premier observateur : entre 1904 et 1917, nous rencontrons un si grand nombre d’événements politiques de portée universelle, de découvertes et de nouveautés dans tous les domaines, que nous pouvons tranquillement parler de la fin d’un monde et de la naissance d’un autre. Tout comme la fin du XVe siècle et le début du XVIe qui ont vu la découverte de l’Amérique, la naissance du protestantisme, la traduction de la Bible, l’éclosion du néo-platonisme et de la Renaissance… et la prise de Constantinople et l’expulsion des Juifs d’Espagne. Le Quattrocento italien mais avant tout florentin fait sentir ses effets dans toute l’Europe, en France, aux Pays-Bas, en Espagne et ailleurs.
    La question se pose : pourquoi ? Je ne crois ni aux astres ni au hasard, mais bien plus à une conjonction d’éléments disparates, philosophiques, sociologiques, historiques, scientifiques, politiques et géopolitiques, qui font qu’un monde est devenu non pas vieux mais usé, dépassé. Il ne produit plus rien de neuf, il craque de toutes parts pour permettre à un autre d’éclore. Pas meilleur, pas pire (de toute façon, par rapport à quel critère absolu ?). Autre. Nouveau.
    La lecture de la liste qui suit n’ennuierait certainement pas mes lectrices et mes lecteurs, bien au contraire.
1904
-Tchekhov, La Cerisaie.
1905
-Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité.
-Einstein publie sa théorie de la relativité restreinte.            
-Matisse, La Joie de vivre.
1906
Ady Endre, Új versek (Poèmes nouveaux).
1907
-Marcel Proust commence l'écriture de La recherche du temps perdu.
-Picasso, Les Demoiselles d’Avignon.
-Strindberg, Le Pélican.  
-Fondation des Ballets russes par Diaghilev.             
1908
-Jean Perrin démontre l'existence des atomes.
-Début de la fabrication de la Ford T.
1909
-Marinetti, Manifeste du futurisme.
-Louis Blériot traverse la Manche en avion.
1910
-Kandinsky peint une aquarelle abstraite.
1911
-Bartók, Allegro barbaro et Le Château de Barbe-bleue.
1912
-Antoni Gaudi, la Casa Milà, Barcelone.
-Création d’Universal Pictures à New York et de Paramount à Hollywood..
1913
-L’Armory Show à New York.
-Premier ready-made de Marcel Duchamp.   
-Schönberg invente le dodécaphonisme.
-Le Sacre du printemps de Stravinsky au Théâtre des Champs-Élysées.
-Apollinaire, Alcools.
-Maurice de Broglie détermine le spectre des rayons X.    
1914
-Joyce commence à travailler sur Ulysse.
-Chaplin, Charlot content de lui (première apparition du personnage de Charlot).
-Début de la Première Guerre mondiale.
-Première émission radio régulière (Belgique).
-Ouverture du canal de Panama.
1915
-Griffith, Naissance d’une nation.
-Malevitch, Carré noir sur fond blanc.
-Kafka, La Métamorphose.
-Einstein : théorie de la gravitation dite relativité générale.  
1916
-Création du mouvement Dada (Zurich).
1917
-Diaghilev (les Ballets russes), Parade ; musique d’Erik Satie, décors et costumes de Picasso.
-Création du journal De Stijl (Theo van Doesburg).
-Révolution bolchevique en Russie.
-......
    Tout y est. Les bases intellectuelles, littéraires, artistiques, scientifiques du monde d’aujourd’hui. Et je me dis que sans la politique désastreuse (mais était-ce une politique, de la cécité, de l’âpreté aux gains, de l’égoïsme patriotard ou de la bêtise ?) des grandes puissances, sans la Première Guerre mondiale qui portait en germe la Seconde, sans lénine-staline-hitler (et quelques salauds de moindre « envergure », horthy-mussolini-franco-salazar-pétain, puis la cohorte des dimitrov-rákosi-enver hodja-ulbricht-ceaucescu-dupont-et-dupond, avortons minables de Mère Histoire), le XXe siècle, au lieu d’être un siècle de barbarie, de totalitarismes et de guerres mondiales, aurait pu être une seconde Renaissance.
    Mais je fais confiance au XXIe siècle. Il commence si bien !

adam biro
mars 2015
biroadam4@gmail.com

dimanche 1 février 2015

COMÉDIE MUSICALE par Adam Biro

Photo © G. Luy

En début d’année(s), on prend des résolutions, on se fait des vœux et des promesses. Par exemple, pendant plusieurs années, j’ai fermement décidé de ne plus détester mon prochain en partant de chez moi le matin. Le motard trop bruyant et qui, de surcroît, roule sur le trottoir, la dame qui laisse son cabot crotter sur le même trottoir, la meuf trop moche et trop vulgaire, le keum trop élégant, le môme sur son skate, un keuf simplement parce qu’il est là…
Comme je n’ai jamais réussi à respecter ma résolution plus d’une semaine, cette année j’ai abandonné ce vain exercice pour me livrer au bilan. De la vie, en toute simplicité.
Je vieillis. Si, si, inutile de me dire « tu n’as que cent vingt ans, ce n’est pas beaucoup, et en plus tu ne les fais pas ». Viendra la décrépitude (sauf accident de moto, de skate ou morsure de chien enragé), agrémentée de divers maux psychiques et physiques, puis je mourrai. Avec moi disparaîtra tout ce que je savais, ce que j’ai appris et ressenti, mes expériences, mes goûts, mes connaissances, ma mémoire et aussi mes défauts. Les liens que j’ai tissés ou que d’autres ont tissés en m’englobant, de sympathie, d’amitié, d’amour ou de haine, et qui ont fait ma vie.
Ceux que j’ai aimés, détestés ou simplement connus mourront aussi.
Puis, un peu plus tard, la Terre se refroidira, le globe s’effacera avec toute vie, toute trace des BD, des religions, des sentiers de randonnées, des croyances, des idées, des luttes politiques et des concombres au levain. Avec la Terre se volatiliseront les gratte-ciel, Lascaux, Ponteau-la-Forêt et Venise. Les œuvres et les pensées d’Einstein, de Shakespeare, de Schubert, de Michel-Ange, l’existence passée des rosiers, de Charlemagne, des ragondins et des coccinelles s’égaliseront jusqu’à leur souvenir et pèseront du même poids : zéro.
Ici, elle intervient. « Arrête. Tu es sinistre. C’est trop sérieux et pas très original. Essaie d’être léger. » Mais bien sûr, voyons. Ce n’est que la mort. Tout ceci est pour rire. Sose halunk meg. Nous ne mourrons jamais.
Peu de temps après (cela ne veut rien dire, le temps n’existera plus), le Soleil se refroidira à son tour et le système solaire se dissoudra aussi, englobé dans une autre unité.
Qu’est-ce à dire ? Que ceux et celles qui ne croient pas à l’immortalité de l’âme se suicident tout de suite ou se laissent mourir et qu’ils ne fassent pas d’enfant, puisque rien ne sert à rien ? Nos luttes, nos souffrances, nos plaisirs, nos pensées, nos connaissances, nos amours sont d’ores et déjà condamnés à la disparition, au néant et la trace physique, et seulement physique que nous laisserons dans l’Univers sera réduite à quelques infimes atomes au milieu de milliards de milliards et de milliards d’autres.
J’essaie d’être léger : faisons comme si. (Dans un de ses films, Woody Allen enfant rêvasse à table. « Mom, l’Univers est en expansion », dit-il. Et sa mère lui répond : « Mange ta soupe et ne t’occupe pas de l’Univers. ») Je rêve de voyages, projette des livres à lire ou à écrire, des plats à préparer pour le Réveillon de l’an prochain. Il y a des gens que j’aimerais connaître, aider, essayer d’aider et d’autres qui ont des choses à m’apprendre. Imaginons que la Terre est vaste, révoltons-nous contre nos malheurs et celui des autres, fêtons le gain de 7 euros 70 à l’Euromillionaire, plantons du raifort au bord du ruisseau pour assaisonner les concombres au levain, continuons à vitupérer le gouvernement, à débattre pour savoir si ce que fait Jeff Koons est de l’art et bien que nous sachions que nos amours ne sont pas éternelles, faisons-en une raison de vivre, en attendant…
On rejoue Funny Face rue Champollion. Avec Audrey Hepburn.
……………
« Comme ça, ça t’va mieux ? »

P.S. Plusieurs personnes m'ont dit qu'ils n'ont jamais aimé Charlie Hebdo. Moi, chaque fois que j'ai eu l'occasion de le lire, j'ai ri et y ai trouvé un immense plaisir, malgré (ou à cause ?) des plaisanteries stupides sur les handicapés, les pauvres, les juifs, les catholiques ou les musulmans. (Je me souviens d'une engueulade avec des amis quand Harakiri s'est moqué des enfants du Biafra.)
Le hasard veut que je sois justement plongé sinon noyé dans Freud (dans Le Mot d'esprit et dans un texte moins connu, de 1927, Der Humor). Et grâce à Sigmund, je viens de comprendre pourquoi j'aime Charlie et j'ai aimé Harakiri. Ces journaux, comme la littérature pornographique, comme la lecture des faits divers, permettent à mon moi de vaincre le surmoi, et du même coup acquérir un immense Lustgewinn, un gain de plaisir. Que, toujours selon le bon docteur, seul le rêve me permettrait d'obtenir.
Des bonnes âmes ont ânonné à la télé et à la radio, que "les dessinateurs de Charlie étaient gentils, qu'ils n’auraient pas fait de mal à une mouche". C'est tout faux. Ils étaient salaces, grossiers, vulgaires, hargneux, satiriques, cyniques, iconoclastes, blasphémateurs. Quant aux mouches… si vous saviez ce qu’ils leur faisaient… Notre moi a besoin de cela. J'espère que Charlie ou un autre journal « pas gentil » reprendra (j'allais dire le flambeau, mais le mot ne correspond guère à ces potaches malotrus) disons le crayon, et que cet esprit, qui, s'il est, comme on dit, français (?), durera et perdurera.
Autre chose, la même chose : c’est avec attendrissement que j’ai vu le Hongrois OrbánViktor marcher au premier rang de la manif du 11 janvier. Et Hollande a eu tort de lui serrer la main avec tant de distance et de froideur. Il aurait dû le serrer sur son cœur et faire plein de bisous sur la bouche de cet ennemi acharné de la presse libre transformé d’un coup en champion de la liberté !

adam biro
février 2015
biroadam4(AT)gmail.com