"Prénom en tête de liste en Hongrie dans les
années 1965-1985, Attila reste aujourd’hui un nom qui déclenche une
plaisanterie bien connue : appeler au hasard « Attila ! » pour voir
combien de têtes se retournent dans une assemblée. C'est peu dire
qu'Attila a marqué plus que son époque. Si son nom résonne toujours
aujourd'hui, c'est avec un sentiment ambivalent, car mythes et faits
avérés se mélangent dans une soupe nationale bien connue. Les
concepteurs de l'exposition, soucieux de rappeler que l'identité
hongroise ne découle pas d'une filiation directe avec les Huns, ont
pourtant affiché au fronton du Musée national hongrois son nom en six
lettres capitales couleur de feu. Comme les Hongrois doivent se sentir
galvanisés en montant les marches ! Et confortés à l'intérieur, dans
l'Escalier d'honneur, où la vision romanesque de l'Histoire magyare du
XIXe siècle est peinte par Károly Lotz : Attila y figure fièrement sur
un char, l'épée en avant.La vraie recette du mythe fondateur, entre histoire et construction mémorielle.
En route pour démontrer ou démonter les
mythes, vous avez jusqu’au 12 juillet 2026 à l’exposition. Elle explore
les multiples facettes d'Attila à travers l'histoire : figure démoniaque
dans les traditions italienne et française, souverain glorieux dans la
tradition germanique, et héros fondateur dans la tradition hongroise,
mêlée d'interprétations chrétiennes médiévales. Malgré la rareté des
sources (cinq textes seulement, aucun artefact certain), le mythe
d'Attila a structuré l'identité hongroise pendant près d'un millénaire,
avant d'être remis en question par la critique scientifique aux
XVIIIe-XIXe siècles. L'exposition confronte ces strates de mémoire aux
données archéologiques et aux apports récents de l'archéogénétique,
interrogeant au passage la tension persistante entre perception
populaire et savoir académique.
L'idylle magyare avec Attila ne date pourtant
pas d'hier. Lorsqu'au Xe siècle les Hongrois, nomades venus de l'Est,
s'installent dans les Carpates et se mettent à mener des razzias en
Europe, les chrétiens les identifient d'emblée aux Huns. Plutôt que de
fuir l'étiquette, les Hongrois s'en saisissent : une fois convertis et
engagés dans l'écriture de leur propre histoire, ils revendiquent la
filiation avec Attila et le transforment en héros positif. Le célèbre
Anonymus le présente comme un ancêtre mythique de la dynastie Árpád dans sa Gesta Hungarorum écrite vers 1210. Vertus morales et guerrières à l'appui, le mythe fondateur fait merveille : à la fin du Moyen âge encore, la Chronica Hungarorum
mobilise la figure du roi des Huns pour asseoir le prestige de la
monarchie au sommet de sa puissance, Matthias Ier étant célébré comme un
« second Attila ». L'origine hunnique des Hongrois restera un thème
récurrent de la littérature et de la musique nationales du XVIe au XIXe
siècle. Trois verbes résument l'affaire : unifier, glorifier, légitimer —
la recette classique du mythe fondateur au service d'une nation qui se cherche. Le cinéma ne sera pas en reste,
on peut voir dans l’exposition de nombreux extraits de films qui valent
leur poids en paprika piquant." La suite sur jfb.hu