David Szalay (2026) © Jean-Luc Bertini"Chair, de David Szalay, Booker Prize 2025, est le sixième livre
de l’auteur anglo-hongrois né à Montréal. Il suit le parcours
rocambolesque d’Istvan, truand en Hongrie devenu chauffeur puis riche
homme d’affaires en Angleterre. C’est un destin du XXIe
siècle, l’expression du rêve de millions de migrants de l’Europe de
l’Est partis vers l’eldorado de l’Ouest. Un roman sensuel et magnifique.
Comment décrire l’intrigue de ce roman ?
C’est un truc assez traditionnel, l’histoire de la vie d’un individu à
partir de l’adolescence jusqu’à la cinquantaine. Il est hongrois et
l’intrigue commence en Hongrie au moment où le pays va sortir du
communisme, elle suit sa vie sur les décennies suivantes, dans une
certaine mesure il s’agit d’un livre sur l’Europe pendant cette période
du fait que le protagoniste quitte la Hongrie et donc la majeure partie
du livre aura lieu en Angleterre.
Un critique prétend que vous écrivez sur « la tristesse de l’Europe contemporaine ».
L’un de mes romans précédents, Turbulences, structuré autour de douze vols d’avion à travers le monde, est clairement un texte sur la mondialisation. Chair,
en revanche, est si eurocenté que je ne suis pas sûr que ce concept
convient. Bien évidemment, il se passe en Europe, région qui fait partie
d’un monde globalisé. Mais l’intrigue est intra-européenne. Istvan, le
héros, quitte la Hongrie pour Angleterre en 2007, des millions de gens
ont suivi cette trajectoire à l’époque, c’était l’un des grands
phénomènes de l’Europe contemporaine que cette migration en masse pour
des raisons économiques, et elle a eu une incidence sur le continent
entier, tissant tout un réseau de connexions, créant des tensions
politiques : c’est un facteur important de la psychologie des gens
sortis du communisme, cette idée de « L’Ouest » comme une sorte
d’eldorado, une sorte de paradis, où tout le monde obtient tout ce qu’il
désire, où tout le monde est heureux. Bien évidemment, il s’agit d’un
mirage, mais c’est un mirage important à cause de la déception ainsi
créée. Je crois qu’aujourd’hui une bonne partie des problèmes politiques
et sociaux de l’Europe de l’Est vient de ce sentiment de déception." La suite sur en-attendant-nadeau.fr