jeudi 23 avril 2026

Hongrie : « Après seize ans d’un régime illibéral, peut-on restaurer l’Etat de droit en acceptant de le mettre entre parenthèses ? »

"Dans une tribune au « Monde », la politiste Ambre Bruneteau s’interroge sur la manière dont le futur premier ministre hongrois, Péter Magyar, pourra solder les années Orban. Selon elle, la question qui s’ouvre n’est pas seulement celle de l’alternance politique, mais d’une sortie de régime.

Troisième jour dans la Hongrie post-Orban. Péter Magyar est invité dans la matinale de la radio publique Kossuth, celle où Viktor Orban prenait la parole chaque vendredi depuis seize ans, selon le rite de son pouvoir, puis sur la chaîne de télévision publique M1. La scène est inédite alors que, depuis 2010, l’opposition avait été méthodiquement tenue à l’écart de ces antennes, devenues des instruments de propagande gouvernementale.

Il aura fallu plus de 3 millions de votes sur les 8 millions d’électeurs pour que cette voix soit enfin diffusée. Mais, à peine installé face aux micros puis aux caméras, le futur premier ministre choisit la confrontation : « Ce qu’il s’est passé ici depuis 2010 aurait suscité l’admiration de Goebbels [Joseph, ministre de la propagande sous le IIIe Reich] ou du dictateur nord-coréen (…) Nous allons fermer cette usine à mensonges. » Le propos est révélateur de l’ampleur du défi et de ses écueils.

La question qui s’ouvre n’est pas seulement celle de l’alternance politique, mais celle de la sortie d’un régime. Comment un pays se remet-il de seize ans de pouvoir illibéral ? Comment démantèle-t-on un système qui a progressivement infiltré chaque strate des institutions, des médias à la justice, des universités aux mairies, sans détériorer davantage ce que l’on prétend précisément restaurer ?

L’exemple de la Pologne n’offre qu’une réponse partielle. Pour reprendre le contrôle des médias publics transformés en relais du parti Droit et justice au pouvoir de 2015 à 2023, Donald Tusk avait choisi la voie rapide : limogeages immédiats et contournements assumés des verrous juridiques laissés par ses prédécesseurs. Stratégie efficace à court terme, mais contestée, y compris par des organisations de défense de l’Etat de droit comme les comités Helsinki.

La période qui s’ouvre pour la Hongrie pose la même question, mais de façon encore plus aiguë. Faut-il, pour défaire un « Etat-parti », accepter temporairement d’agir comme lui ? La tentation est forte, mais elle pose une difficulté importante : peut-on restaurer l’Etat de droit en acceptant de le mettre entre parenthèses ? En faisant des règles un simple moyen au service d’une fin jugée supérieure, on prend le risque de reconduire le principe même de l’illibéralisme : subordonner les garanties juridiques à la souveraineté du..." La suite sur lemonde.fr (article payant)

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