"A la demande du premier ministre hongrois, les Européens ont retiré le
patriarche de l’Eglise orthodoxe russe, Kirill, de la liste des
personnalités sanctionnées.
Après la réunion des chefs d’Etat et de
gouvernement européens à Bruxelles, lundi 30 et mardi 31 mai, les
Vingt-Sept pensaient avoir trouvé un compromis sur le sixième paquet de
sanctions contre Moscou. C’était sans compter avec Viktor Orban, le
premier ministre hongrois, qui, mercredi 1er juin, a émis une
nouvelle revendication et obtenu à l’arraché une dernière concession :
jeudi, les Européens se sont résolus à enlever de la liste des
personnalités sanctionnées le patriarche de l’Eglise orthodoxe russe,
Kirill, qui soutient sans ambiguïté l’invasion russe de l’Ukraine.
C’est
peu dire que, dans cette séquence, Budapest n’a pas respecté la
grammaire des affaires communautaires : si les négociations menées
durant un Conseil européen peuvent être difficiles, un accord politique,
une fois scellé, ne se défait pas. Budapest avait certes évoqué le cas
du patriarche Kirill avant la réunion, mais à aucun moment, M. Orban,
connu pour sa proximité avec Vladimir Poutine, n’en a ensuite fait part à
ses homologues, préférant se concentrer sur les questions énergétiques,
hautement complexes.
Sur ce point, les Vingt-Sept se sont entendus pour exclure
temporairement la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque et la
Bulgarie de leur décision d’un embargo sur le pétrole russe, tenant
ainsi compte des spécificités de ces pays et de leur lourde dépendance à
l’or noir russe. Pour le reste – des mesures restrictives sur des
banques, des chaînes de télévision et de nouveaux oligarques et proches
du Kremlin –, les derniers ajustements avaient été arrêtés avant le
Conseil européen et le dossier était clos. Du moins, c’est ce qu’on
pensait à Bruxelles.
« On
déplore tous cette décision de retirer Kirill de la liste des
sanctionnés. Mais on n’allait pas sacrifier un paquet de sanctions
conséquent sur l’autel du patriarche orthodoxe », commente un diplomate. Pourquoi Viktor Orban a-t-il tant tenu à épargner le religieux russe ? « Cela affecterait la liberté religieuse des communautés en Hongrie, qui est sacro-sainte », avait-il expliqué lors d’une interview radiophonique, le 6 mai, après « avoir reçu une lettre de la communauté orthodoxe hongroise lui demandant de tout faire pour s’y opposer ».
Une communauté qui ne représente que 0,1 % de la population hongroise,
selon le dernier recensement de 2011. Mais M. Orban, lui-même calviniste
peu pratiquant, se fait fort depuis la crise des réfugiés de 2015 de
défendre l’identité chrétienne en Europe. Il partage également avec
l’Eglise russe une obsession contre la communauté LGBT." La suite sur lemonde.fr (article payant)