"Prix Goncourt 2021, Mohamed Mbougar Sarr est un moderniste convaincu. C’est un admirateur de l’œuvre du prix Nobel hongrois Laszlo Krasznahorkai qui puise son inspiration dans les pratiques d’écriture contemporaines. La fiction expérimentale et puissamment évocatrice des heurs et malheurs de la condition humaine n’a aucun secret pour l’auteur de La plus secrète mémoire des hommes. À l’occasion de la remise du prix Nobel 2025, ce 10 décembre, à Stockholm, RFI a interrogé Mbougar Sarr sur l’art romanesque de Krasznahorkai. Grand entretien.
RFI : Merci de nous parler de l’œuvre du Hongrois Laszlo Krasznahorkai, prix Nobel de littérature 2025. « Puissants et lucides »: ce sont vos mots dans votre récent article publié dans la revue littéraire En attendant Nadeau pour qualifier cette œuvre. Pourriez-vous revenir sur les circonstances dans lesquelles vous l’avez découverte et nous dire ce qui est “puissant” et “lucide” dans cette œuvre ?
Mbougar Sarr : Je suis très heureux de pouvoir parler de Laszlo Krasznahorkai parce que c'est un auteur que je suis depuis quelques années, disons une grosse dizaine d'années. C’est au milieu des années 2010 que j’ai découvert pour la première fois son nom sur un site de critique littéraire sérieux*, qui déniche souvent des textes rares ou des textes dont on ne parle pas assez dans la presse mainstream. C’est après avoir lu la critique que ce site avait consacrée au très grand roman du lauréat Nobel, La mélancolie de la résistance de Krasznahorkai, que je me suis jeté sur ce titre. J'ai pu ainsi plonger dans l’univers de cet auteur, dans ses phrases, dans son monde.
Son écriture, que j’ai qualifiée dans mon article de « puissante » et de « lucide », est également visionnaire. Il me semble aujourd’hui que c'est l'une des caractéristiques principales de l'œuvre de cet auteur. Son écriture est précisément puissante à cause de sa vision du monde originale et l’esthétique qui la sous-tendent. Si j’ai qualifié cette œuvre de « puissante », c’est aussi à cause de l'empreinte qu’elle dépose dans la mémoire des lecteurs. Les grandes œuvres se reconnaissent à cela. Ce sont des signatures reconnaissables parmi mille. La qualité du récit, l’écriture, le style, tout s’agrège pour contribuer au succès de l’ensemble. En fait, une œuvre littéraire, c’est un tout qui opère comme un tampon sur l'âme et l'esprit de celui qui lit. C’est l’effet que me font les romans de Krasznahorkai." La suite sur rfi.fr
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