mardi 9 juin 2026

Le trilemme post-libéral hongrois

Par Zsuzsanna Szelényi spécialiste des relations internationales, Central Europe University, autrice de "Tainted Democracy. Viktor Orbán and the Subversion of Hungary", 2023.

Largement vainqueur des dernières élections, le nouveau Premier ministre hongrois doit maintenant rétablir l’Etat de droit dans son pays, avant de pouvoir relancer l’économie. Mais défaire un système mis en place durant seize années prendra du temps et revenir aux principes libéraux se heurtera à des intérêts bien installés. Il est essentiel de trouver un équilibre entre rapidité, efficacité et légalité pour que le retour à une Hongrie démocratique soit couronné de succès.

En 2009, alors que Victor Orbán se préparait à accéder au pouvoir, il a présenté à ses partisans une stratégie audacieuse : pour prendre et conserver le pouvoir, trois éléments essentiels étaient indispensables : l’argent, l’idéologie et les votes. Ce raisonnement a constitué la pierre angulaire de sa gouvernance tout au long de ses seize années au pouvoir.

Ses politiques économiques ont explicitement favorisé une poignée de privilégiés, encourageant ainsi les comportements de recherche de rentes au lieu de répondre aux véritables besoins de développement du pays. Le système fiscal et celui de la protection sociale ont stratégiquement été restructurés afin de favoriser les partisans de longue date du parti Fidesz. Orbán a indéniablement redéfini et modernisé un système centenaire sous couvert de l’« illibéralisme », entrainant la concentration des pouvoirs et l’orientation idéologique de l’État, en opposition avec les principes de la démocratie libérale européenne. Cette stratégie a étouffé le débat social et a systématiquement marginalisé les personnes et les organisations qui critiquaient son parti-État, qualifiées d’« ennemis de la nation ».

 Au fil les ans, Orban a mis en place un formidable appareil de propagande, diffusant sans relâche les messages politiques clivants du parti. Suite à sa prise de pouvoir en 2010, le schéma constitutionnel et démocratique hongrois a été démantelé en l’espace de trois ans seulement. Armé d’une large majorité de 67% au Parlement, le Fidesz a mis en place une nouvelle Loi fondamentale ainsi qu’une série de lois qui ont participé à consolider l’emprise d’Orbán sur l’ensemble de l’appareil d’État. En étouffant l’opposition parlementaire, en limitant l’indépendance des médias, et en diabolisant la société civile, il est parvenu à sécuriser son pouvoir seize années durant." La suite sur lagrandeconversation.com

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